samedi 2 février 2019

"Filles de Mai" un film de Jorge Amat

filles de Mai

Utopiart films présente

FILLES DE MAI
( Mai 1968 raconté par des femmes )




« Le mouvement des femmes remettait en cause les militantismes… Il n’y avait pas de leader. Pour lui appartenir, il suffisait d’être une femme, consciente de l’oppression  et désireuse de la combattre. Il en résultait un certain désordre, gênant parfois, mais dans l’ensemble enrichissant » Simone de Beauvoir


 Film DOCUMENTAIRE de 90 mn

Auteur – Réalisateur

Jorge Amat




Conseillère scientifique: Anne Querrien
Conseiller artistique: François Marquis



SOMMAIRE




Note d’intention du réalisateur                                             page           4
Synopsis                                                                                 page           8
Intervenantes                                                                                                                                                page         11
Archives                                                                                 page         31
Chronologie des évènements                                             page         36
                                                              
Filmographie du réalisateur                                             page         40
                 



                           



13 MAI 1968, cour de la Sorbonne :
" on se disait « tout de même, il n’y a pas grand-chose sur les femmes. Rien sur les murs, pas de banderole…Ca ne va pas encore recommencer. Après un silence, j’ai dit :« Qu’est-ce qu’on attend ? On n’a qu’à les écrire, les slogans… » Aussitôt dit, aussitôt fait. Nous avons cherché du papier, on nous a prêté des feutres. Nous avions en mémoire un petit stock de phrases sur les femmes, émises par de grands noms, Beauvoir, Fourier, Stuart Mill, Condorcet… Il suffisait de les écrire et d’aller placarder nos banderoles dans les couloirs de la Sorbonne, sous le regard complaisant des passants. Et nous revoilà assises sur nos marches, satisfaites mais pas comblées. « Ce qui manque c’est un grand débat. On parle de tout sauf de la situation des femmes… » Alors nous sommes montées au premier étage, là où dans une petite salle se tenait un chevelu préposé à l’affectation des amphis. Timidement nous avons fait remarquer que depuis 15 jours que la révolution avait commencé, il y avait comme une absente, la question des femmes… «Ca c’est vrai, alors ! S’est-il écrié. Vous avez raison. On n’y a pas pensé. Vous voulez un amphi ? »… Peu à peu, la salle s’est remplie, remplie. Il y en avait partout, du monde, sur les gradins, sur les côtés. Ca parlait, ça riait, ça vivait. C’était notre premier débat. Ca tournait au meeting. Nous, nous lancions des regards ravis.
 Il fallait y aller, se jeter à l’eau. Nous, nous tenions la main sous la chaire, comme des petites filles qui se donnent du courage. J’ai commencé à parler en tremblant. Jacqueline a pris la suite. Un silence a suivi. Puis les prises de parole ont fusé. Sur tous les sujets, la révolution sexuelle, l’orgasme, l’oppression des femmes, la contraception, l’avortement, l’homosexualité… Sauf que de tout ça on ne parlait jamais en public ! On avait sorti sa langue de sa poche. Nous étions nettement débordées, incapables de distribuer une parole qui échappait à toute distribution. Nous avions préparé un cahier sur la chaire, pour que s’y inscrivent les futurs adhérents de FMA. Jamais notre association ne devait connaître un tel succès. Les noms s’allongeaient sur le cahier. Par la suite, nous avons constitué des commissions sur les sujets abordés, où sont venus tous ces gens, et qui ont fonctionné jusqu’à la fin de l’année. Pour moi, mai 68 est tout entier dans ce moment de grâce. »

Anne Zelensky
Fondatrice du mouvement Féminin Masculin Avenir



Note d’intention



Je suis arrivé en France en septembre 68. 
Je venais de Prague, autre printemps, autres souvenirs, j’avais 18 ans.  Comme toute une génération trop jeune pour avoir participé activement aux « évènements », ma vie d’adulte c’est construite sur ce « tremblement de terre », comme une poussée implacable de la modernité sous les pavés d’un monde vieillissant. J’en ai vécu les répliques à chaque printemps des années suivantes, le cheminement des idées dans tous les domaines, politique, culturel, sociétal ; puis j’en ai perçu avec le temps l’épuisement progressif de l’héritage, comme un lent et inéluctable retour de balancier. Jusqu’à aujourd’hui, ou prédomine ce sentiment d’assister à un droit d’inventaire, une recherche en responsabilité de ce qui pourrait encore subsister de cet esprit de mai.  
Anniversaires après anniversaires, on ne cesse de redire l’anecdote, de rappeler les mêmes dates cultes, 22 mars, 3 mai, 10 mai…de revisiter les mêmes lieux cultes, Nanterre, la Sorbonne, l’ Odéon, Boulogne Billancourt…de représenter les mêmes stars, étudiantes, politiques, syndicales…la fiction est en place, figée, immuable, quelques mois d’un passé révolu qui ne semblent plus qu’une parenthèse de moins en  moins enchantée; la légende a pris le pas sur l’histoire, avec ses effets de récupération, de mutation, de trahison aussi.   « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ! ». L’injonction situationniste était-elle prémonitoire, le « vieux monde », sous des nouveaux atours, a-t- il rattrapé les camarades et englouti l’utopie ? 

Un devoir de mémoire est-il déjà nécessaire ? C’est d’abord cette question qui m’est venue à l’approche du cinquantenaire des « évènements ». 
Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Comment l’imaginaire collectif a-t-il intégré, génération après génération, cette période si récente de notre histoire et apparemment déjà si lointaine ?

Retrouver la mémoire. C’était mon projet en commençant ce travail : la mémoire vivante, transmissible, de ceux pour qui 68 a été une aventure fondatrice, initiatique, qui n’a cessé d’inspirer leur vie, dans leur quotidien, leurs engagements, leur rapport au monde, loin d’une mémoire commémorative de vieux « faits d’armes » d’un combat passé !


Mes premiers interlocuteurs étaient des hommes, choisis pour avoir activement participé au mouvement, pour certains dès Nanterre et le 22 mars, mais qui n’étaient pas des leaders, des figures médiatisées dont la   parole est connue. Et presque tous me parlaient d’une page de leur vie tournée depuis longtemps. Ils ont traversé cette période avec un même sentiment de vivre un moment historique, révolutionnaire pour certains, libertaire ou romantique pour les autres, avec cette part de fantasme qui accompagnait l’exaltation de jeunes adultes et a fait de ces quelques semaines un moment indépassable dont ils ne pouvaient sortir que par un deuil plus ou moins douloureux. Ils m’en parlaient avec la nostalgie de leur jeunesse, la mélancolie d’un idéal déçu, d’un combat finalement perdu dont on ne sait s’il est politique ou personnel, certains étaient dans l’indifférence, d’autres dans la critique, mais, d’une certaine façon, je butais encore sur la légende.

Avec ma première interlocutrice j’ai entendu un autre discours. Geneviève Fraisse est philosophe et elle travaille depuis 50 ans sur l’histoire du féminisme. Elle me raconte combien MAI 68 a marqué et influencé sa vie jusqu’à aujourd’hui, mais aussi sa vie professionnelle puisque tout son travail est parti de cette question : contrairement à 1789, ou à 1848, par exemple, pourquoi n’y a-t-il pas eu de mouvement féministe en 68 ! ... et cette rencontre m’a amené moi aussi à me poser une question : pourquoi depuis 50 ans MAI 68 est raconté par des hommes, presque exclusivement ? Pouvoir politique, leaders étudiants, responsables syndicaux, commentateurs et exégètes… comme si les femmes n’y avaient eu qu’une place de figurantes, au mieux des « faire valoir ».



Dans mes rencontres suivantes avec ces « filles de 68 », quelques soient leur conscience politique ou leur engagement militant de l’époque, quel qu’ait été leur parcours depuis 50 ans, j’ai retrouvé cette même différence avec la parole des hommes. Ces femmes étaient étudiantes, universitaires, ouvrières, artistes, elles venaient de milieux différents, certaines étaient politisées, quelques-unes militantes, d’autres engagées dans des associations. Certaines se sont connues au Planning Familial, le seul organisme d’aide et d’information pour les femmes qui existait clandestinement depuis le début de la décennie. La plupart sont des participantes de la première heure. Elles racontent les mêmes évènements, elles étaient partout présentes, dans l’organisation, les manifestations, les occupations, mais leur récit est autre : elles ont vécu ces moments plus intensément que les hommes, elles les ont vécus au présent, sans se projeter, disent-elles, ou beaucoup moins que les hommes, dans des rêves de grand soir et de révolution. Parce qu’au-delà de l’enjeu politique, de la « crise de régime », mai 68 est aussi une crise sociétale, une crise des mœurs. Les deux causes de la création de mouvement du 22 mars sont à ce titre exemplaires : la libération de militants en soutien au peuple vietnamien… et l’accès des garçons au dortoir de filles à Nanterre ! Le quotidien rejoignant le politique dans une même contestation globale. Et le quotidien des femmes des années 60 est un enjeu autrement plus fort que pour les hommes. 
Elles vivent ce mois de mai comme la cristallisation de tous les signes d’un monde en crise qui ont jalonné la décennie, les guerres de décolonisation, la lutte des noirs américains pour les droits civiques, les luttes de libération, mais aussi et en premier lieu pour elles, en France, les premiers signes de changement de leur condition, annoncé par quelques lois récentes : le droit d’avoir un compte bancaire ou un emploi sans l’autorisation du mari (1965), la dépénalisation de la contraception (1967). Même si ces acquis étaient encore loin d’être acceptés par le corps social (pour la contraception les décrets d’application ne seront publiés qu’en 72), elles racontent leur aspiration à vivre pleinement cette histoire en train de s’écrire plutôt qu’un grand projet à venir.
Elles ne parlent pas de libération sexuelle dont elles nous disent qu’elle a profité avant tout aux hommes. Dans ce domaine il faudra attendre les années 70 pour voir un changement des attitudes. Elles ne parlent pas d’égalité des droits, encore moins de parité : elles témoignent toutes que l’égalité des sexes, même dans les milieux supposés les plus progressistes, n’était pas une « priorité », que les organes de décisions étaient largement masculins et la mentalité largement machiste.


Leur révolte est d’abord contre la tutelle qui régit encore leur vie dans les années 60, contre la tutelle familiale (la plupart disent comment elles ont rompu violemment, pour certaines durablement avec leurs parents, quitté le domicile familial), contre la tutelle sociale, penser le divorce autrement que comme la sanction d’une faute, être financièrement autonome, porter des pantalons… Chacune a une révolte à mener dans sa propre vie qui rejoint les « grandes causes » de la contestation, et ce qui fait l’originalité de leurs récits, c’est que chacune raconte mai 68 à travers son expérience individuelle de ce début d’émancipation qui n’est pas encore pensé collectivement.
Que 68 soit pour la plupart un début, le moment fondateur d’une libération, qu’il soit pour d’autres une étape essentielle d’une prise de conscience commencée plus tôt dans la décennie, aucune ne me parle comme les hommes d’une page de leur passé ! Elles me racontent toutes une histoire intimement liée à leur propre vie, qui, d’une façon ou d’une autre, l’a changée radicalement, une histoire en cours qu’elles n’ont cessé d’écrire depuis ce mois de mai, une histoire de la condition féminine, de la naissance d’un féminisme moderne qui va se structurer dans le début des années 70.  Et ce n’est pas un des moindres aspects de mai 68 que d’avoir provoqué l’émergence de cette parole.
J’ai voulu donner à entendre ces voix, cet autre récit au féminin étonnamment confisqué depuis 50 ans, comme un écho qui résonne aujourd’hui à l’heure où la place des femmes, leurs prises de parole secoue toutes les structures de la société.
J’ai souhaité composer le film à partir de récits intimes, de fragments de mémoires, de « petits » évènements discrets, saisir comment tant de vies avaient été profondément et durablement changées par ces quelques semaines, et voir ce que ces histoires pouvaient encore nous dire du monde actuel, de ses enjeux dont on a peut-être oublié, dont on est en train d’oublier, que beaucoup s’exprimaient déjà dans les rues de ce mois de mai.






SYNOPSIS

Le projet du film est de faire « revivre » un mai 68 raconté exclusivement par des femmes, à travers leurs parcours et leurs expériences personnelles, comme une addition d’aventures individuelles dans un même destin collectif. C’est aussi éclairer la société française des années 60 d’un point de vue féminin. C’est enfin montrer que c’est le moment où   les femmes prennent conscience de la nécessité de produire une pensée « autonome » indispensable à la lutte pour leurs droits, prise de conscience qui sera au fondement du féminisme moderne. 

L’histoire que nous racontons commence avec la création du mouvement du 22 mars à l’université de Nanterre et s’achève à la fin du mois de mai. Les principaux évènements, mais aussi quelques moments moins connus propres à l’expérience de chacune, seront retracés dans leur chronologie par le prisme de celles qui y ont pris part et ils serviront de trame au récit.

Un deuxième repère sera géographique  en relation avec les lieux de référence. L'université de Nanterre, la Sorbonne, le théâtre de l'Odéon, la rue Gay Lussac, l'usine Renault. Nous reviendrons sur la carte au fur et à mesure que ces lieux seront appelés par l’histoire.

Mais c’est la parole des intervenantes qui organisera le déroulement du film. Le récit fera sans cesse retour sur les années 60, les évènements politiques qui ont forgé leur prise de conscience, leur engagement, qui ont construit cette génération du « baby-boom ». Se dessinera par touches la  société de leur adolescence, du matérialisme et du consumérisme dominant (« cache toi, objet »), du rigorisme des mœurs, de l’académisme du mandarinat dans l’enseignement universitaire, de la violence sociale des cités dortoirs, du bidon ville de Nanterre ou des foyers de travailleurs immigrés. Mais aussi l’émergence de la pop-culture dans toutes les disciplines artistiques, l’effervescence d’une pensée critique radicale dans les sciences humaines…une après-guerre qui n’avait cessé d’être la guerre, de l’Indochine au Vietnam, du moyen orient à l’Algérie, de la guerre froide à la révolution culturelle chinoise, à la crise de Cuba, aux juntes militaires et aux révolutions marxistes en Amérique du sud, à la lutte des noirs américains pour les droits civiques… un état de crise mondiale décrit par Viansson-Ponté dans son fameux article du 15 mars 68 « Quand la France s’ennuie ».
Mais davantage que d’ennui, elles nous parlent d’impatience. A travers son histoire personnelle, chacune dira pourquoi et comment elle s’est retrouvée dans la lutte, quel rôle elle y a joué, plutôt dans l’intendance, l’organisation, le ravitaillement (elles faisaient aussi les « estafettes » dans la coordination des divers lieux), parfois dans l’écriture des tracts, rarement dans les prises de parole, « réservées aux mecs » … jamais dans les services d’ordre…


Face à ce bouleversement global, on entendra à travers leurs témoignages pourquoi la question du féminisme n’a pas émergé. Elles apportent des réponses différentes et complémentaires : la résistance du discours masculin dans les milieux gauchistes comme ailleurs, le sentiment plus ou moins conscient que leur lutte était en train de se faire   parce que naturellement liée à toutes les autres et, peut-être plus surprenant, une certaine inconscience de leur condition, comme le dit Sophie Bouchet Petersen : « Au quotidien on se vivait comme des égales, on était aveugles. La deuxième étape a été de se rendre compte qu’on ne l’était pas et qu’il était temps de devenir féministes. "
Cette deuxième étape commence pour certaines des la rentrée de septembre 68, et aboutira à la création du MLF deux ans plus tard.
les entretiens seront nourris d’éléments d'archives qui situeront autant l'époque (le look, la musique, la presse, le ton des voix) que les évènements. On recherchera des archives moins connues qui nous livrent un quotidien, des visages, des émotions. On utilisera aussi l’impact des ciné-tracts et de la propagande de ces années-là. Comme décor à ce film fait de fragments de mémoires, de vécus, d'archives, de tracts, de dessins, de photos, je voudrais un Paris « virtuel », une imbrication d'images de la ville en 1968 reflétée dans celle d'aujourd'hui comme un espace factice fabriqué par notre cerveau. On passera de la fac de Nanterre à la Sorbonne puis de l'Odéon de 2017 à celui occupé par les étudiants. Dans une télé d'une vitrine du Bd St Michel on verra les CRS charger ce même endroit 50 ans avant. Casser l'espace et le temps pour donner plus de force à la parole. Faire se télescoper un Paris d'y a 50 ans avec celui de nos jours. Comme un jeu vidéo avec l'interaction du passé dans le présent.
J’envisage aussi un travail graphique de dessin et d’animation sur certaines archives trop connues, banalisées, comme les discours de, de Gaulle, de Daniel Cohn-Bendit, de Pompidou etc.
Les affiches et les slogans de Mai 68 sont des traces essentielles des évènements mais aussi de l’époque. Ils seront un troisième repère tout au long du film.
Beaucoup sont passés à la postérité, appartiennent à notre mémoire collective et participent à la légende. Comment leur sens a-t-il évolué, s’est-il transformé ? S’est-il perdu ? Dans une dernière partie, nous souhaitons faire choisir et commenter à chacune des intervenantes une image et un slogan qui caractérisent pour elles mai 68. Et faire réagir des jeunes femmes d’aujourd’hui à ces images et à ces slogans.

Ce film se veut une polyphonie de voix qui transmette au spectateur ces sentiments d’enthousiasme, d’audace et de liberté encore si présentes aujourd’hui dans la mémoire de ces filles de mai. Je veux par le montage organiser un dialogue entre ces voix qui se répondent, se complètent et révèlent par la singularité de leur parole les motifs d’une autre histoire.     
En conclusion, un film sur la voix des femmes de Mai 68 pourrait se refermer sur les voix de quelques "grandes dames" de l’époque, Simone de Beauvoir, Delphine Seyrig, Marguerite Duras, Françoise Giroud,  Simone Veil …







      
Réunion du "22 mars" à Nanterre



LES INTERVENANTES:
Adrienne Larue,  Anna Zelensky,  Anne Querrien,  Chantal Lermyte,  Christine Buci-Glucksmann,  Danielle Jaeggi  Danièle Linhart,  Dominique Gouguenheim, Elisabeth Roudinesco,  Florence Prudhomme, Geneviève Fraisse,  Isabelle Saint-Saëns,  Isabelle Rathery,  Laurence Carril, Jacqueline Feldman,  Macha Meril,  Marielle Burkhalter,  Michèle Collin, Michèle Katz, Mireille Nathan Murat, Nicole Lapierre, Rose Meunier,  Rosine Feferman, Sonia Fayman, Sophie Bouchet- Petersen, Talila, Valérie Lagrange.



Anne Querrien était une brillante élève en sociologie à Nanterre et aux Hautes Etudes, membre du 22 de Mars. Elle a travaillé avec Felix Guattari  et Guy Hocquenghem. Elle dira l'importance du planning familial dans la prise de conscience des filles qui ont intégré le mouvement du "22 de mars".
"Mai 68 s'intègre dans un mouvement international, mondial, porté par la guerre puis la victoire des vietnamiens. Beaucoup de femmes faisaient parties du mouvement, mais plutôt comme des « agents de liaison ». Elles étaient souvent en charge de l’intendance, rôle discret mais essentiel.
« Les événements furent pour les femmes une initiation à la libération, la prise de conscience d’un féminisme qui revendiquait, plus que l’égalité avec les hommes, une vie et une pensée autonomes. »
Alors après la fac était fermé donc le 6 le 7 mai peut-être le dimanche aussi je ne me rappelle plus enfin  on s'est réunis chez Serge July qui habitait rue des blancs manteaux dans le
31:51
Marais et donc on a continué les manifs, bon et le 8 c'est là qu'a eu cette AG où il y avait donc Dany, Geismar et July
aussi a été très bon, donc pour continuer l'action…je me souvient de July disant, peut-être complètement soul ” les étudiants se sont battus comme des ouvriers les étudiants sont vraiment révolutionnaire il faut continuer” et Geismar arrivant a 2 heures du matin "oui je suis un salaud je voulais appelé à arrêter etc c'est monstrueux", c'est tout ça et donc on a décidé de relancer l’action.


Danièle Jaeggi:

 "On a oublié que les années avant 68 étaient des années très fermées.
Que  les femmes devaient rester bien sages dans leur coin. Enfin c'était une société très, très lourde en plus y avait eu la guerre d’Algérie, avec tous les non-dits. Autour de la guerre d’Algérie il y avait beaucoup  de films interdits à l'époque. C’est le film de la manifestation de Charonne où il y avait eu des morts. Tous ces films ne pouvaient pas être projetés. C’était vraiment des interdits très très fort. Je venais de finir l'école de cinéma de l’IDEC et je faisais de la sociologie à la Sorbonne. J’étais politisé d'une certaine façon puisque mon père était très politisé, stalinien même, il avait fait la guerre d'Espagne et la Résistance. "




Mireille Nathan Murat fille de résistants et de déportés, elle aussi du 22 Mars, a accouché le 15 mars et a participé aux barricades entre deux allaitements.
" Jje militais beaucoup à la Mutuelle de l'UNEF et là il y avait beaucoup d'étudiantes qui ne voulaient pas garder leurs bébés. Il fallait les aider à avorter à l'étranger où en France. A l'époque j'étais salariée, je travaillais en deux lieux. Dans une association qui s'occupait de l'accueil des travailleurs africains en France, voulu à l'époque par les patrons, et je finissais ma licence de psycho. J'ai surtout milité en créant des comités d'actions pas seulement à l'université mais aussi dans les quartiers, pas seulement pour faire connaître les revendications étudiantes mais aussi celles des gens du quartier, des salariés, des employés, pour casser la hiérarchisation du milieu de travail.


Sophie Bouchet Petersen fille du président de la cour de cassation, commence à militer dès 1966 avec les comités anti guerre du Vietnam. Membre actif de la LCR, elle participe en février 68 à la manif internationale de BERLIN pour le Vietnam et découvre l’internationalisme de la révolte. Du bidonville qui jouxte Nanterre aux usines de Flins, elle fait l’expérience comme tant d’autres étudiants bourgeois de ce qu’elle appelle une " réalité incarnée ".
" Il n'y avait pas de débat sur le sexisme. Au quotidien on se vivait comme des égales, on était aveugles. La deuxième étape a été de se rendre compte qu’on ne l’était pas et qu’il était temps de devenir féministes. "

  
Geneviève Fraisse, fille de professeurs catholiques à la Sorbonne, était étudiante en philosophie en 1968. Elle a toujours lutté contre l'exclusion des femmes du domaine politique. 68 a été la révélation d’une autre vie possible après le sentiment d’ennui des années 60.
Sa conscience politique lui vient des luttes anti coloniales et des guerres d’indépendance. (Algérie, Vietnam).  L’image de la répression reste pour elle "Charonne" bien plus que les barricades.
68 est pour elle un « dévoilement philosophique ». Aux côtés de Jacques Rancière, elle travaille à penser l’égalité à travers l’horizontalité. Elle voit dans la rencontre entre étudiants et ouvriers le principal enjeu de 68, la possibilité d’un « croisement » des classes sociales. La liberté sexuelle n’est d’abord qu’une remise en cause du mariage et de la "vie bourgeoise". Ce n’est qu’en septembre 68 que commence sa critique de l’attitude des hommes et de leur prise de pouvoir sur le mouvement. Tout son travail jusqu’à aujourd’hui part de 68 et de cette question : pourquoi il n’y a pas de mouvement féministe en 68 (alors qu’il y en a un en 1789, en 1848).
« J’ai eu la chance d’avoir 20 ans en 68 et je n’en suis pas sortie »



Isabelle Saint Saëns en 1968 (a gauche)

Isabelle Saint Saëns, fille de communistes, résistants, elle avait 18 ans et était aussi membre du 22 de Mars et étudiante à Science –éco. Elle a découvert à Nanterre qu'il n'y avait pas que la musique de Mahler dans la vie mais aussi les usines Citroën.


"Où j'en étais un an avant 68? J'étais en prépa scientifique parce que quand j'ai eu passé mon bac je savais pas très bien quoi faire.  Je n'étais pas du tout en rupture avec mes parents et je me suis inscrite à Nanterre en Sciences éco. C’était un tout petit campus on y allait en train, c'était quand même trois quarts d'heure de Saint-Lazare. Ça s'appelait "la Folie, complexe universitaire", c'était un petit campus où il y avait que trois bâtiments. Le bâtiment de sciences éco n'existait pas et a été construit en 69, je crois. Coincé entre le bidonville, ce qui fait que, ma fois, on restait là. Je pense que c'est aussi une des raisons pour lesquelles un petit campus avec pas trop de monde, avec en plus les gens de droit-science Eco, qui ont la réputation d'être toujours plus réactionnaires, plus à droite etc…mais dans les bâtiments de socio, de philo, et c'est tout ça mélangé fait queBOUM!.  C’est peut-être un peu un peu profane,  pas très politique comme explication, comme élément d'explication pas comme d'explication, mais on n'avait pas, nos camarades de la Sorbonne ils avaient les bistrots, ils avaient les cinémas, ils avaient…Nous on n'avait rien… Si, il y avait la cantine de la fac c'est tout.. Voilà!"

Michèle Katz

Michèle Katz fille de Pierre Katz, un héros de la Résistance, quelle n'a pas connu. Elle  à participé activement aux Beaux Arts pour la fabrication des affiches et slogans. Après les événements elle est déçue par le machisme des artistes masculins de "la jeune peinture" et fonde un groupe féministe.
"Pendant mes 68 j’était plongé dans l'atelier populaire de l'école des  Beaux-arts et j'ai fait des affiches on a fait petit à petit une organisation fantastique, pars ce qu'il y avait un endroit où les ouvriers pouvaient venir discuter pour dire ce qu'il voulait faire, donc ce n'était pas les mêmes camarades qui se chargeait des différentes opérations. Moi, j'ai jamais été là directement, j'ai toujours été là où on faisait les maquettes. Il y avait aussi la partie où on fabriquait les sérigraphies puis toute la partie matérielle, tout le monde se retrouve un moment des l'AG  le soir. il ya quelques jours simplement que tout d'un coup ça m'est venu comme une évidence que c'était la première figure des réseaux sociaux. Il y avait la rapidité de l'époque, il y avait le contact avec les deux extrémités de la demande et effectivement on voyait nos affiches sur les murs donc si vous voulez c'était à peu près le lieu idéal où être en 68 mon avis bien sûr."


Nicole Lapierre: aujourd'hui directrice au CNRS et écrivaine, prix Medicis 2015. En 1968 elle militait à la JCR tout en étudiant la sociologie à Nanterre avec Henri Lefebvre. Après les événements elle travaille avec Edgar Morin avec qui elle dirige la revue "Communication".
"L’imaginaire collectif se concentre sur les manifestations. Quand on regarde les photos, on voit autant de femmes et de filles que d’hommes et de garçons. C’est une chose qu’on dit peu : les femmes ont manifesté. Elles n’étaient pas que les porte-drapeaux de ces messieurs. Par contre, le service d’ordre des manifestations n’était composé que d’hommes. Du côté étudiant, un stand politique nommé Féminin, Masculin, Avenir (FMA) s’est tenu à la Sorbonne dès le 13 mai. C’était un tout petit groupe mixte qui diffusait des tracts et a organisé l’un des premiers débats sur les rapports entre les sexes à la Sorbonne. On pouvait certes compter ses membres sur les doigts de la main, mais ils représentaient une réelle présence. J’utiliserais donc une métaphore géologique pour parler du féminisme en Mai 1968 : c’est une rivière souterraine. Elle ne se voit pas mais change en profondeur la nature de la terre. C’est l’époque où un certain nombre de femmes va oser le divorce. C’est aussi l’époque où l’on commence à faire moins d’enfants. »


Talila aujourd'hui chanteuse vient dun milieu pauvre. L'université pour elle est une soupape de liberté, une occasion d'échapper à la famille et à prendre son indépendance. Membre du 22 de Mars, elle suit toutes les manifestations aussi bien à la Sorbonne qu'à l'Odéon. Pour elle ces journées de Mai sont une occasion d'apprendre à vivre intensément, à réfléchir et à s'assumer en devenant maitre auxiliaire.
"Mai 68 n'est pas né comme cela, c'est le fruit de lectures de cours de sociologie qui nous avaient préparés mais la libération sexuelle elle est venue avant mai, à Nanterre. Quand je suis arrivée à la fac il fallait se libérer de tout, même de la virginité aussi qui était là-bas un handicap. Cela donnait lieu à de drôles de choses, car c'était volontariste, il fallait le faire, tout au moins pour passer à autre chose. Il n'y avait pas forcement du sentiment là-dedans. A Nanterre, les filles avaient le droit d'aller dans le bâtiment des garçons de la cité U, tandis que les garçons ne pouvaient pas venir chez nous. Tout a commencé comme cela."


Florence Prudhomme
De « très bonne famille », sa prise de conscience commence dans les mouvements contre la guerre du Vietnam. Elle participe à Berlin aux rassemblements de la jeunesse, et c'est là qu’elle prend conscience de leur force. A Nanterre elle suit les cours de Jean François Lyotard et d'Henry Lefèvre. Elle a été au cœur des batailles des barricades adorant affronter physiquement les forces de l'ordre. Elle continue à militer encore aujourd'hui au Rwanda, à Calais et dans des associations d'aides aux femmes.



Christine Buci Glucksmann
Pour elle les grands fronts ouverts en mai 68 (grèves sauvages, prisons, avortements, femmes, immigrés, logements) sont toujours d'actualité et ce sont les mêmes combats qui restent à faire. L'idée gauchiste de changer le monde se fait d'abord en changeant sa vie. Très proche d'Althusser et d'Henri Lefebvre elle adopte sa vision de promouvoir la révolution sexuelle, la révolution urbaine et un retour à la fête. Ce que demandaient les jeunes dans la rue à ce moment-là.
"Le soir du 3 mai je dis je j'étais avec mes étudiants de Khâgnes et HEC
et on répétait une pièce de Brecht, c'était de l'atmosphère de l'époque
après on va occuper le lycée Lakhanal à ce qui fut un vrai scandale et des
étudiants sont venus au lycée m'avertir que le vrai théâtre est  ailleurs en quelque sorte, et bon on est tous partis ensemble les étudiants HEC, les étudiants de Khâgnes en haut du boulevard Saint-Michel et on a commencé à participer à retirer des bases et a lancé des pavés à courir
enfin c'est et l'ouverture de mai 68."


Elizabeth Roudinesco:
"J'étais étudiante en lettres avant 68 et j'avais interrompue mes études pour aller enseigner en Algérie et puis je suis revenu à la Sorbonne pour terminer ma licence de lettres en
octobre, j'ai repris en octobre 67. Pour moi en tout cas, au départ, je n'ai pas du tout d'engagement politique direct,
aucun groupe. Je ne suis pas du tout là dedans.
J'étais plutôt dans  l'esthétique, cherchant ma voix pour écrire, je cherchais à écrire. J'avais une  très grande admiration pour Simone de Beauvoir, sans doute parce que le livre de chevet de ma mère c'était "Les mémoires d'une jeune fille rangée".




Sonia Fayman ; Fille d'un ancien résistant déporté, elle se politise en hypokhâgne. Etudiante à Nanterre en sociologie, participant de près aux évènements elle s'occupe surtout à recueillir les blessés et a faire des centaines de sandwiches au jambons pour les manifestants.  Elle part aux USA représenter le mouvement dans les universités de la côte Est.
« Ce qui a été ouvert après 68 dans la société française avec la financiarisation de l'économie arrive aujourd'hui à une sorte de fin de règne. C'est la fin d'un système et « la prochaine révolution ne ressemblera pas à une explosion genre 68, car l'histoire ne se répète jamais de la même façon. » 


Isabelle Rathery, monteuse de film, elle a géré le stock de rushes filmés par une dizaine de cinéastes membres des états généraux du cinéma. Elle va présenter les films réalisés par le collectif en Italie, exportant ainsi les idées de Mai 68. Après 68 elle travaille avec Yann Le Masson, Chris Marker, Jacques Doillon…
"Avant mai, en 68 j'étais assistante monteuse ce qui était une très bonne école pour apprendre le métier. Moi je suis fille de gens de gauche, engagés mais pas vraiment militants, comme eux je suis de gauche mais je n'ai jamais milité nulle part. Les féministes m'ont beaucoup draguées car j'avais 20 ans et j'élevais mon enfant toute seule. Et donc pour elles je vivais l'indépendance avec un enfant. A paris en 68 je travaillais avec un metteur en scène Yann Le Masson et lui était engagé politiquement et avec lui j'ai commencé à aller aux manifs où j'ai rencontré Pascal Aubier. Les manifs c'étaient une très belle fête, il y avait un élan formidable j'ai eu très peur rue Gay Lussac et j'étais pourchassée par les flics, vraiment genre guerre civile. J'ai sonné à une porte cochère, car ils étaient vraiment méchants. Une autre fois j'ai été arrêtée et j'ai pu m’en sortir en disant que mon fils m'attendait à la maison., donc j'ai pas subi le sort des autres qui ont été embarqués."


Dominique Gouguenheim:
Etudiante en sociologie à Nanterre, fille d'un résistant juif allemand. Ces parents étaient « originaux, cultivés, intelligents, anticonformistes, de gauche et compliqués ». Ils divorcent alors qu’elle est encore petite fille. Dans sa banlieue de Courbevoie, « on ne divorçait pas. A l’école laïque, tout le monde était catholique, allait au caté ». L’école, comme la société, était un véritable carcan. Elle se sentait différente. 
Elle est devenue rebelle. A Nanterre elle se souvient d’Henri Lefebvre, professeur très souriant, intelligent, insolent, pas doctoral, qui parlait en marchant, ignorant la chaire. Elle était avec les anars : Dany Cohn-Bendit, Nilo Perarnau, Jean-Pierre Duteuil, était à l’époque son petit ami.
« L’occupation du bâtiment administratif, réservé à l’administration, apparaissait comme un tabou à enfreindre. on s'attaquait au saint des saints. on voulait en découdre avec ce  qui nous empêchait de changer nous-mêmes et de changer le monde. L'injustice sautait aux yeux à Nanterre (bidonvilles, cités HLM...). Tout était verrouillé dans la société française, de l’ORTF, à notre campus universitaire. On s’est mobilisé, au départ, pour obtenir « la libre circulation » au sein de la cité U. »

Plus tard, le 6 mai, elle a été matraquée par la police. Elle a passé les événements le bras dans le plâtre, exemptée de manif. 
« Le slogan « jouir sans entraves », ce sont les mecs qui en ont profité, brisant les chaînes à leur profit exclusif. Le féminisme est sans doute aussi né de ce moment où nous avons, en définitive, été flouées, à part celles, plus âgées que nous, qui ont pu se frayer leur chemin. »
Naïve, elle prenait tout au mot. Les étudiants étaient des « futurs exploiteurs » ? Elle n’en sera pas ! Elle arrête ses études, va vivre quelques mois dans les Cévennes avec Alain Frappart et Francis Zamponi, futur journaliste à Libération, qui était avec elle le soir du 22 mars. Séparée du père de sa fille, elle a appris le métier de correctrice dans la presse puis l’édition. C’est par un biais libertaire qu'elle a intégré cette « aristocratie ouvrière ». Elle vit toujours un peu à la marge comme si elle attendait un autre Mai 68.

  1. Anne Zelensky: Professeure et militante féministe.
Elle fonde en 1966 le mouvement "Féminin Masculin Avenir) qui sera à l'origine du MLF en 1971.  Elle participe à la création de "La ligue du droit de la femme" puis de "SOS Femmes Alternatives". Elle sera une des premières animatrices des Cafés philos dès 1996. Pour elle  le fameux MLF n'est pas tombé du ciel en 1970, il c'est formé en amont des les années 60. En 1968 en plein évènement elle tenait un stand du FMA dans la cour de la Sorbonne. Elle et ses amies avaient l'impression que la société était en train de chavirer, qu'une nouvelle familiarité, un enthousiasme commun rendait la vie plus légère.





MACHA MERIL, actrice, écrivaine.

C'est à travers le cinéma qu'elle prend conscience qu'un mouvement insurrectionnel à envahit le pays.
Elle participe aux premières manifestations contre l'éjection d'Henri Langlois de la cinémathèque puis avec Godard et Truffaut en plein mois de Mai elle bloque le Festival de Cannes.
" Donc, pour moi j'ai deux de souvenirs saillants, un souvenir, il a été filmé ça a été vu c'est quand on a empêché le festival de Cannes alors là on était avec Godard avec Truffaut on était tout un petit groupe qui est
raisonnable ce qui est on est monté sur scène et on a accroché tenu le rideau c'était encore dans le vieux palais du festival et on a empêché que la projection se fasse alors c'était, indispensable parce que comme nous avions été les premiers il faut se rappeler que les premières manifestations ont été pour aider Langlois pour soutenir Langlois qui
devait être remplacé par Malraux et donc il n'a pas imaginé qui se passerait ce raz-de-marée de révolte et tous les cinéastes étaient là et c'était sérieux on était tous sur le marché et par la suite évidemment on s'est tous retrouvés dans toutes les étapes les états généraux à l'odéon et puis dans les rues puis dans l'est dans les facs. Le deuxième très grand souvenir que j'ai c'est un souvenir de manif c'était un moment crucial c'est quand à flins à côté de l'usine Renault, sur le pont qui conduisait à Flins, les intellectuels et les étudiants ont tendu la main aux ouvriers et que pour la première fois depuis le début des événements. les syndicats la CGT des ouvriers sont venus nous rejoindre, moi j'étais avec Marguerite Duras, j'étais avec tout un groupe de gens on, était allé très difficilement parce qu'ils avaient pas d'essence pas de voiture etc on avec traçabilité pour aller jusqu'à jusqu'à Flins donc on était  une centaine et ça ressemblait aussi vous savez assez à ces images des peintures de Delacroix.


Valerie Lagrange
"On était parti, quelqu'un nous avait dit qu'il se passait vraiment un truc du côté du boulevard Saint-Michel Kalfon
c'était le jour du 11 mai et on était avec Jean-Pierre il y avait Godard et Anne Wiazemsky il y avait peut-être Daniel Pomerolle, enfin toute la bande, voilà on est et on est remonté la le boulevard Saint-Michel habillés avec des espèces de vêtements un petit peu indien parce qu'on était déjà dans cette mouvance là,   et évidemment tous les autres c'était des petits jeunes qui étaient habillés en gris enfin qu'ils étaient des petits des étudiants quoi, nous on était un peu c'était bizarre
pour n'était pas et quand on est on là marché c'était ambiance un peu de kermesse il n'y avait plus de voitures qui roulaient s'il y avait des CRS qui attendaient, ils avaient pas reçu l'ordre de rien et puis des gens qui jouaient de la guitare enfin c'était plutôt bon enfant et très gai et puis quand on est arrivé à un
moment où du boulevard Saint Michel on nous a passé des pavés donc on s'est retrouvé en train de passer des pavés
et au final peu de temps après il y a eu une charge de camions de police CRS qui nous ont foncés dessus. Moi j'ai toujours eu très peur de la violence donc là on a commencé à
courir dans tous les sens est allé se réfugier dans les portes cochères et là ça c’est  a mis à péter de partout. On se savait pas parce qu'on était dans des immeubles, dans les portes cochères, dans les entrées et puis on se demandait si c'était des vraies balles, enfin, c'était la guerre quoi!"





Slogans de Mai 68

"l'imagination prend le Pouvoir", "Sous les pavés la plage!", "Sois jeune et tais toi!", "Délivrez les livres", "Il est interdit d'interdire de dire", "Vivre sans temps mort", Jouir sans entrave", "Soyez réaliste, demandez l'impossible" ,"Brisons les vieux engrenages!", "On ne matraque pas l'imagination!" "Prenez vos désirs pour des réalités", La béate est dans la rue!", " La liberté est le crime qui contient tous les crimes"…" L'intelligence est du côté de la bourgeoisie. La créativité est du côté des masses. Ne votez plus."," L'alcool tue.  Prenez du L.S.D", "L'art est mort, ne consommez pas son cadavre", Baisez-vous les uns les autres sinon ils vous baiseront", "Chassez le flic de votre tête.",
"Cours camarade, le vieux monde est derrière toi", " Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette", "Désirer la réalité, c'est bien ! Réaliser ses désirs, c'est mieux" "Un flic dort en chacun de nous, il faut le tuer", "Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres".






Archives films et vidéos:
Archives de Jorge Amat sur le Mouvement de 22 de Mars filmées en 1998.
8 heures d'archives de la Librairie du Congrès (Nara) sur les manifs, l'occupation de l'Odéon et la Sorbonne.
Archives papiers et vidéo de la préfecture de Police de Paris.
Documents filmés par l'RTBF (Belge) et RTS (Suisse) dans leurs journaux d'actualités.
Rushes films faites par l'opérateur Jean Michel Humeau à Paris et Flins.
Photos de Gérard Aimé et Catherine Deudon












LA CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS
DE MAI 1968
07/02/1968 : Heurts violents à l'occasion d'une contre-manifestation organisée par les Comités Vietnam à Paris.
20/03/1968 : Attaque du siège parisien de l'American Express.
22/03/1968 : Incidents à Nanterre. Occupation de la tour administrative. Création par les anarchistes du Mouvement du 22 mars.
28/03/1968 : Suspension des cours à Nanterre jusqu'au 1er avril.
25/04/1968 : Le député communiste Pierre Juquin est expulsé du campus de Nanterre par les gauchistes prochinois.
28/04/1968 : Un commando prochinois dévaste une exposition de soutien au Sud-Vietnam.
01/05/1968 : Défilé CGT, PC, PSU (République - Bastille). Naissance du journal " La cause du peuple".
02/05/1968 : Début du voyage de Georges Pompidou en Iran et en Afghanistan. Incidents à Nanterre où les cours sont suspendus.
03/05/1968 : Meeting dans la cour de la Sorbonne. Editorial de Georges Marchais dans l'Humanité qui y fustige "l'anarchiste allemand Cohn-Bendit" et raille les "révolutionnaires". Evacuation par la police requise par le Recteur Roche. Manifestation au Quartier latin, incidents, près de six cents interpellations.
04/05/1968 : Condamnation de personnes appréhendées la veille. Appel à la grève illimitée de L'UNEF et du SNEsup. Suspension des cours à la Sorbonne.
05/05/1968 : Condamnation de quatre manifestants du 3 mai à la prison ferme.
06/05/1968 : Comparution de Daniel Cohn-Bendit et d'étudiants nanterrois devant la commission disciplinaire. Manifestations, puis premières barricades et violents affrontements avec la police au quartier latin, plus de quatre cents arrestations.
07/05/1968 : Manifestation de Denfert-Rochereau à l'Etoile.
08/05/1968 : Discours d'Alain Peyrefitte à l'Assemblée Nationale.
09/05/1968 : Les leaders étudiants annoncent leur intention d'occuper la Sorbonne dès le départ des forces de l'ordre. En réponse, Alain Peyrefitte déclare que la Sorbonne restera fermée jusqu'au retour au calme.
10/05/1968 : Nuit d'émeutes au Quartier latin où soixante barricades se dressent. Intervention de la police à partir de deux heures du matin.
11/05/1968 : La CGT, la CFDT et la FEN appellent à la grève générale pour le 13 mai. Retour de Georges Pompidou d'Afghanistan qui annonce la réouverture de la Sorbonne pour le 13 mai.
13/05/1968 : La Cour d'appel met en liberté provisoire les condamnés du 5 mai. La Sorbonne est rouverte et aussitôt occupée. Manifestation syndicale de la gare de l'Est à Denfert-Rochereau. Les étudiants continuent jusqu'au Champs-de-Mars. Grève générale et manifestations ouvriers-enseignants-étudiants.
14/05/1968 : Départ du Général de Gaulle pour la Roumanie. Dépôt d'une motion de censure à l'Assemblée Nationale par le PCF et la FGDS.
15/05/1968 : Occupation de l'Odéon et de l'usine Renault à Cléon.
16/05/1968 : Le mouvement de grève s'étend dans les entreprises.
17/05/1968 : Rencontre Mitterrand - Waldeck Rochet. Grève à l'ORTF.
18/05/1968 : Retour du Général de Gaulle. Grève générale, la paralysie économique gagne l'ensemble du pays.
20/05/1968 : La grève se généralise.
22/05/1968 : La motion de censure déposée par la gauche est rejetée, elle ne recueille que 233 voix. Daniel Cohn-Bendit est interdit de séjour. Création du Comité national de défense de la République (CDR). Les syndicats se déclarent prêts à négocier avec le gouvernement. Attaque du local national conjoint des CDR et du Service d'action civique rue de Solferino par des manifestants.
24/05/1968 : Nouvelle nuit des barricades. Le Général de Gaulle annonce un référendum sur la participation (entreprises, universités) pour le mois de juin. La Bourse est incendiée. Un commissaire de police est tué à Lyon par un camion lancé par les manifestants.
25/05/1968 : Début des négociations rue de Grenelle.
26/05/1968 : Le Général de Gaulle donne son accord à Jacques Foccart pour l'organisation d'une grande manifestation pour le vendredi 31 mai (elle aura finalement lieu le 30).
27/05/1968 : Accord sur le protocole de Grenelle entre les syndicats, le patronat et le gouvernement (augmentation du SMIG et des salaires, réduction des horaires, abaissement de l'âge de la retraite). Meeting de Charléty organisé par l'UNEF, le PSU
28/05/1968 : Conférence de presse de François Mitterrand qui annonce sa candidature à la présidence de la République en cas de vacance du pouvoir.
29/05/1968 : Le conseil des ministres est ajourné. Le Général de Gaulle se retire et quitte l'Elysée à 11h15 et n'arrive à Colombey-les-deux-Eglises, via Baden-Baden où il a rencontré le Général Massu, qu'à 18h30. Pierre Mendès France se déclare prêt à former un "gouvernement de gestion".
30/05/1968 : A 16h30 le Général de Gaulle annonce la dissolution de l'Assemblée Nationale. Une manifestation de soutien au chef de l'Etat réunit un million de personnes sur les Champs-Elysées.
31/05/1968 : Remaniement ministériel. Manifestations de soutien au Général de Gaulle en province.
05/06/1968 : Début de reprise du travail dans la fonction publique.
06/06/1968 : Evacuation violente de Flins par les CRS ; affrontements.
10/06/1968 : Mort du Lycéen Gilles Tautin.
11/06/1968 : Evacuation de Peugeot-Sochaux ; affrontements : 2 morts. Réoccupation de Flins par les grévistes.
18/06/1968 : Reprise du travail chez Renault, Peugeot, Citroën.
23/06/1968 : Premier tour des élections législatives
30/06/1968 : Second tour des élections législatives




FILMOGRAPHIE DU REALISATEUR :

Licences de Cinéma et d’Arts Plastiques à Paris VIII.
Élève de Jean Douchet, Jacques Rivette, Roger Dadoun, Jean Painlevé et Gilles Deleuze.

2018: La mémoire de ma mère: 90 mn sur la vie d'une anti-franquiste.
2017: Les Résistants du train fantôme: 84mn: pour le cinéma
2014 : L’instinct de  Résistance - 86 mn - doc avec Armand Gatti - Pierre Daix - Stéphane Hessel – Serge Silberman- distribué en salles de cinéma.
2013 : Scénario de long métrage : Trois femmes à Paris.
2008 : Sonate pour un fugitif - 80 min. (avec Ainara Iriba et Jordi Florès). Cinéma Accatone.
2007 : A la recherche de Kafka – 75 min. (avec Tom Novembre, Albert Delpy, Juliette Andréa).Cinéma Accatone
2005 : Dado tagueur – 70 min. – documentaire (pendant 4 ans, l’artiste Dado a peint des fantômes de lépreux dans une chapelle près de Gisors).
2003 : Voyage en Oxyplatine - 65 min. (journal de bord de 2 ans de maladie). Sélectionné au Festival de Saint-Sébastien.
1997 : Les Paradoxes de Buñuel - 80 min. (avec Michel Piccoli, Jean-Claude Carrière). Sélectionné aux festivals de Venise, Tokyo et Saint-Sébastien. Canal plus.
1984 : Clin d'œil – 90 min. (avec Julien Negulesco, Dominique Varda). Prix spécial du jury au festival de Saint-Sébastien. Distribution salles cinéma.
1974- "La mort de l'utopie" fiction avec Arrabal, manuelle Riva, José Luis Aguirre, Charlotte Trench. Festival Avignon, sortie en salles.
Télévision :
2016: "Les Résistants du train fantôme" avec Guy Scarpetta, 52 mn FR3
2015 : Kantorowicz chez Kafka : doc sur le peintre Kantorowicz
2014 : Une série de clips sur l’art.
2013: Léo Bassi l'anti Pape de Lavapies – 52 mn doc sur un clown philosophe. Arte
2013: Génération Ferré- 52 mn doc sur Léo Ferré -Arte
2012: "L’instinct de Résistance"- 90 mn avec Stéphane Hessel, Pierre Daix, Armand Gatti, Serge Silberman.
2010 : La France des camps, 1938/1946  – 84 min. France 2 (les 200 camps de concentrations et 600 000 internés)
2009 : Halte à la mafia - 62 min. Arte (la révolte de la société civile en Sicile contre la Cosa Nostra)
2008 : Maréchal nous voilà ? - 62 min. France 2 (la propagande sous Vichy)
2007 : La traque de l’affiche rouge - 72 min. France 2, docu-fiction (comment la police a fait tomber le groupe Manouchian)
2004 : Témoins de la libération de Paris - 52 min. TV5 / Planète
2004 : 20 ans en août 1944 - 90 min. France2 (la Libération de Paris vécue par Madeleine Riffaud)
2003 : La voix de Jean Moulin  - 90 min. France 2 (la résistance et la mort de Jean Moulin)
2001 : Ciao Bella Ciao – 60 et 80 min. Planète / La vidéothèque de Paris (l'exil des gauchistes italiens en France)  - distribué au cinéma Accatone.
2001: Le Val d'Aran- 60 mn sur les guérilleros espagnols en France.
2000 : Le trésor de Yamashita - 52 min. France 3 (le butin de guerre  japonais aux Philippines)
1999 : « L'espoir pour mémoire »  - 3 X 55 min. France 3 /Planète ( chronique des Brigades Internationales en Espagne: 1936-39)
1998 : L'oeil du Consul - 52 min. France 3 (la guerre des Boxers et la Chine en 1900)
1990 / 1999 : Treize films de I3 à 52 min. sur l'Opéra de Paris, le musée du Louvre, Beaubourg, Orsay et sur des grands peintres (Picasso, Picabia, Max Ernst, Dado, Clavé, Amado...) pour FR3, Arte, Canal Plus.
1984 : Décors et mirages : doc sur les gd décorateurs de l'opéra de Paris: FR 3
1981 : Les costumes de l'opéra de Paris: FR3






















1 commentaire:

  1. Le film "Filles de Mai" de Jorge Amat va être distribué au cinéma le Saint André des Arts le 1 Mai 2019

    RépondreSupprimer