Utopiart films présente
FILLES DE MAI
( Mai 1968 raconté
par des femmes )
« Le
mouvement des femmes remettait
en cause les militantismes… Il n’y avait pas de leader. Pour lui appartenir, il
suffisait d’être une femme, consciente de l’oppression et désireuse de la combattre. Il en
résultait un certain désordre, gênant parfois, mais dans l’ensemble enrichissant
» Simone de
Beauvoir
Film DOCUMENTAIRE de 90
mn
Auteur – Réalisateur
Jorge Amat
Conseillère
scientifique: Anne Querrien
Conseiller artistique: François Marquis
Conseiller artistique: François Marquis
SOMMAIRE
Note d’intention du
réalisateur page 4
Synopsis page 8
Intervenantes page 11
Archives page 31
Chronologie des évènements page 36
Filmographie du réalisateur page 40
13 MAI 1968, cour de la Sorbonne :
" on se disait « tout
de même, il n’y a pas grand-chose sur les femmes. Rien sur les murs, pas de
banderole…Ca ne va pas encore recommencer. Après un silence, j’ai dit :« Qu’est-ce
qu’on attend ? On n’a qu’à les écrire, les slogans… » Aussitôt dit, aussitôt
fait. Nous avons cherché du papier, on nous a prêté des feutres. Nous avions en
mémoire un petit stock de phrases sur les femmes, émises par de grands noms,
Beauvoir, Fourier, Stuart Mill, Condorcet… Il suffisait de les écrire et
d’aller placarder nos banderoles dans les couloirs de la Sorbonne, sous le
regard complaisant des passants. Et nous revoilà assises sur nos marches,
satisfaites mais pas comblées. « Ce qui manque c’est un grand débat. On parle
de tout sauf de la situation des femmes… » Alors nous sommes montées au
premier étage, là où dans une petite salle se tenait un chevelu préposé à
l’affectation des amphis. Timidement nous avons fait remarquer que depuis 15
jours que la révolution avait commencé, il y avait comme une absente, la
question des femmes… «Ca c’est vrai, alors ! S’est-il écrié. Vous avez raison.
On n’y a pas pensé. Vous voulez un amphi ? »… Peu à peu, la salle s’est remplie, remplie. Il y en avait partout, du
monde, sur les gradins, sur les côtés. Ca parlait, ça riait, ça vivait. C’était
notre premier débat. Ca tournait au meeting. Nous, nous lancions des regards
ravis.
Il fallait y aller, se jeter à l’eau. Nous, nous tenions la main
sous la chaire, comme des petites filles qui se donnent du courage. J’ai
commencé à parler en tremblant. Jacqueline a pris la suite. Un silence a suivi.
Puis les prises de parole ont fusé. Sur tous les sujets, la révolution
sexuelle, l’orgasme, l’oppression des femmes, la contraception, l’avortement,
l’homosexualité… Sauf que de tout ça on ne parlait jamais en public ! On avait
sorti sa langue de sa poche. Nous étions nettement débordées, incapables de
distribuer une parole qui échappait à toute distribution. Nous avions préparé
un cahier sur la chaire, pour que s’y inscrivent les futurs adhérents de FMA.
Jamais notre association ne devait connaître un tel succès. Les noms s’allongeaient
sur le cahier. Par la suite, nous avons constitué des commissions sur les
sujets abordés, où sont venus tous ces gens, et qui ont fonctionné jusqu’à la
fin de l’année. Pour moi, mai 68 est
tout entier dans ce moment de grâce. »
Anne
Zelensky
Fondatrice du mouvement Féminin Masculin Avenir
Note d’intention
Je suis arrivé en France en
septembre 68.
Je venais de Prague, autre
printemps, autres souvenirs, j’avais 18 ans. Comme toute une génération trop jeune pour avoir participé
activement aux « évènements », ma vie d’adulte c’est construite sur
ce « tremblement de terre », comme une poussée implacable de la
modernité sous les pavés d’un monde vieillissant. J’en ai vécu les répliques à
chaque printemps des années suivantes, le cheminement des idées dans tous les
domaines, politique, culturel, sociétal ; puis j’en ai perçu avec le temps
l’épuisement progressif de l’héritage, comme un lent et inéluctable retour de
balancier. Jusqu’à aujourd’hui, ou prédomine ce sentiment d’assister à un droit
d’inventaire, une recherche en responsabilité de ce qui pourrait encore
subsister de cet esprit de mai.
Anniversaires après
anniversaires, on ne cesse de redire l’anecdote, de rappeler les mêmes dates
cultes, 22 mars, 3 mai, 10 mai…de revisiter les mêmes lieux cultes, Nanterre,
la Sorbonne, l’ Odéon, Boulogne Billancourt…de représenter les mêmes stars,
étudiantes, politiques, syndicales…la fiction est en place, figée, immuable,
quelques mois d’un passé révolu qui ne semblent plus qu’une parenthèse de moins
en moins enchantée; la légende a
pris le pas sur l’histoire, avec ses effets de récupération, de mutation, de
trahison aussi. « Cours
camarade, le vieux monde est derrière toi ! ». L’injonction
situationniste était-elle prémonitoire, le « vieux monde », sous des
nouveaux atours, a-t- il rattrapé les camarades et englouti
l’utopie ?
Un devoir de
mémoire est-il déjà nécessaire ? C’est d’abord cette question qui
m’est venue à l’approche du cinquantenaire des « évènements ».
Qu’en reste-t-il aujourd’hui
? Comment l’imaginaire collectif a-t-il intégré, génération après génération,
cette période si récente de notre histoire et apparemment déjà si lointaine ?
Retrouver la mémoire.
C’était mon projet en commençant ce travail : la mémoire vivante,
transmissible, de ceux pour qui 68 a été une aventure fondatrice, initiatique,
qui n’a cessé d’inspirer leur vie, dans leur quotidien, leurs engagements, leur
rapport au monde, loin d’une mémoire commémorative de vieux « faits
d’armes » d’un combat passé !
Mes premiers interlocuteurs étaient des hommes, choisis pour avoir activement participé au
mouvement, pour certains dès Nanterre et le 22 mars, mais qui n’étaient pas des
leaders, des figures médiatisées dont la parole est connue. Et presque tous me parlaient
d’une page de leur vie tournée depuis longtemps. Ils ont traversé cette période
avec un même sentiment de vivre un moment historique, révolutionnaire pour
certains, libertaire ou romantique pour les autres, avec cette part de fantasme
qui accompagnait l’exaltation de jeunes adultes et a fait de ces quelques
semaines un moment indépassable dont ils ne pouvaient sortir que par un deuil
plus ou moins douloureux. Ils m’en parlaient avec la nostalgie de leur jeunesse,
la mélancolie d’un idéal déçu, d’un combat finalement perdu dont on ne sait
s’il est politique ou personnel, certains étaient dans l’indifférence, d’autres
dans la critique, mais, d’une certaine façon, je butais encore sur la légende.
Avec ma première interlocutrice
j’ai entendu un autre discours. Geneviève Fraisse est philosophe et elle travaille depuis 50 ans sur l’histoire du
féminisme. Elle me raconte combien MAI 68 a marqué et influencé sa vie jusqu’à
aujourd’hui, mais aussi sa vie professionnelle puisque tout son travail est
parti de cette question : contrairement à 1789, ou à 1848, par exemple, pourquoi
n’y a-t-il pas eu de mouvement féministe en 68 ! ... et cette rencontre m’a
amené moi aussi à me poser une question : pourquoi depuis 50 ans MAI 68 est raconté par des
hommes, presque exclusivement ? Pouvoir politique, leaders étudiants,
responsables syndicaux, commentateurs et exégètes… comme si les femmes n’y
avaient eu qu’une place de figurantes, au mieux des « faire valoir ».
Dans mes rencontres suivantes avec ces « filles de 68 », quelques
soient leur conscience politique ou leur engagement militant de l’époque, quel
qu’ait été leur parcours depuis 50 ans, j’ai retrouvé cette même différence
avec la parole des hommes. Ces femmes étaient étudiantes,
universitaires, ouvrières, artistes, elles venaient de milieux différents,
certaines étaient politisées, quelques-unes militantes, d’autres engagées dans
des associations. Certaines se sont connues au Planning Familial,
le seul organisme d’aide et d’information pour les femmes qui existait
clandestinement depuis le début de la décennie. La
plupart sont des participantes de la première heure. Elles
racontent les mêmes évènements, elles étaient partout présentes, dans
l’organisation, les manifestations, les occupations, mais leur récit est
autre : elles ont vécu ces moments plus intensément que les hommes, elles
les ont vécus au présent, sans se projeter, disent-elles, ou beaucoup moins que
les hommes, dans des rêves de grand soir et de révolution. Parce qu’au-delà de
l’enjeu politique, de la « crise de régime », mai 68 est aussi une
crise sociétale, une crise des mœurs. Les deux causes de la création de
mouvement du 22 mars sont à ce titre exemplaires :
la libération de militants en soutien au peuple vietnamien… et l’accès des
garçons au dortoir de filles à Nanterre ! Le quotidien rejoignant le politique
dans une même contestation globale. Et le quotidien des femmes des années 60
est un enjeu autrement plus fort que pour les hommes.
Elles vivent ce mois de mai comme la cristallisation de tous les signes
d’un monde en crise qui ont jalonné la décennie, les guerres de décolonisation,
la lutte des noirs américains pour les droits civiques, les luttes de
libération, mais aussi et en premier lieu pour elles, en France, les premiers
signes de changement de leur condition, annoncé par quelques lois
récentes : le droit d’avoir un compte bancaire ou un emploi sans
l’autorisation du mari (1965), la dépénalisation de la contraception (1967).
Même si ces acquis étaient encore loin d’être acceptés par le corps social
(pour la contraception les décrets d’application ne seront publiés qu’en 72),
elles racontent leur aspiration à vivre pleinement cette histoire en
train de s’écrire plutôt qu’un grand projet à venir.
Elles ne parlent pas de libération sexuelle dont
elles nous disent qu’elle a profité avant tout aux hommes. Dans ce domaine il
faudra attendre les années 70 pour voir un changement des attitudes. Elles ne
parlent pas d’égalité des droits, encore moins de parité : elles
témoignent toutes que l’égalité des sexes, même dans les milieux supposés les
plus progressistes, n’était pas une « priorité », que les organes de
décisions étaient largement masculins et la mentalité largement machiste.
Leur révolte est d’abord contre la tutelle qui
régit encore leur vie dans les années 60, contre la tutelle familiale (la
plupart disent comment elles ont rompu violemment, pour certaines durablement
avec leurs parents, quitté le domicile familial), contre la tutelle sociale,
penser le divorce autrement que comme la sanction d’une faute, être
financièrement autonome, porter des pantalons… Chacune a une révolte à mener
dans sa propre vie qui rejoint les « grandes causes » de la
contestation, et ce qui fait l’originalité de leurs récits, c’est que chacune
raconte mai 68 à travers son expérience individuelle de ce début d’émancipation
qui n’est pas encore pensé collectivement.
Que 68 soit pour la plupart un début, le moment
fondateur d’une libération, qu’il soit pour d’autres une étape essentielle
d’une prise de conscience commencée plus tôt dans la décennie, aucune ne me
parle comme les hommes d’une page de leur passé ! Elles me racontent
toutes une histoire intimement liée à leur propre vie, qui, d’une façon ou
d’une autre, l’a changée radicalement, une histoire en
cours qu’elles n’ont cessé d’écrire depuis ce mois de mai, une histoire de la
condition féminine, de la naissance d’un féminisme moderne qui va se structurer
dans le début des années 70. Et ce n’est pas un des
moindres aspects de mai 68 que d’avoir provoqué l’émergence de cette parole.
J’ai voulu
donner à entendre ces voix, cet autre récit au féminin étonnamment confisqué
depuis 50 ans, comme un écho qui résonne aujourd’hui à l’heure où la place
des femmes, leurs prises de parole secoue toutes les structures de la société.
J’ai souhaité composer le
film à partir de récits intimes, de fragments de mémoires, de « petits »
évènements discrets, saisir comment tant de vies avaient été profondément et
durablement changées par ces quelques semaines, et voir ce que ces histoires
pouvaient encore nous dire du monde actuel, de ses enjeux dont on a peut-être
oublié, dont on est en train d’oublier, que beaucoup s’exprimaient déjà dans
les rues de ce mois de mai.
SYNOPSIS
Le projet du film est de faire « revivre » un mai 68 raconté
exclusivement par des femmes, à travers leurs
parcours et leurs expériences personnelles, comme une
addition d’aventures individuelles dans un même destin collectif. C’est aussi
éclairer la société française des années 60 d’un point de vue féminin. C’est
enfin montrer que c’est le moment où les femmes prennent conscience de la nécessité de
produire une pensée « autonome » indispensable à la lutte pour leurs
droits, prise de conscience qui sera au fondement du féminisme moderne.
L’histoire que nous racontons commence avec la création du mouvement du
22 mars à l’université de Nanterre et s’achève à la fin du mois de mai. Les
principaux évènements, mais aussi quelques moments moins connus propres à
l’expérience de chacune, seront retracés dans leur chronologie par le prisme de
celles qui y ont pris part et ils serviront de trame au récit.
Un deuxième repère sera géographique en
relation avec les lieux de référence. L'université de Nanterre, la Sorbonne, le
théâtre de l'Odéon, la rue Gay Lussac, l'usine Renault. Nous reviendrons sur la
carte au fur et à mesure que ces lieux seront appelés par l’histoire.
Mais c’est la parole des intervenantes qui
organisera le déroulement du film. Le récit fera sans cesse retour sur les
années 60, les évènements politiques qui ont forgé leur prise de conscience,
leur engagement, qui ont construit cette génération du « baby-boom ». Se
dessinera par touches la société de
leur adolescence, du matérialisme et du consumérisme dominant (« cache toi,
objet »), du rigorisme des mœurs, de l’académisme du mandarinat dans
l’enseignement universitaire, de la violence sociale des cités dortoirs, du
bidon ville de Nanterre ou des foyers de travailleurs immigrés. Mais aussi
l’émergence de la pop-culture dans toutes les disciplines artistiques,
l’effervescence d’une pensée critique radicale dans les sciences humaines…une après-guerre
qui n’avait cessé d’être la guerre, de l’Indochine au Vietnam, du moyen orient à
l’Algérie, de la guerre froide à la révolution culturelle chinoise, à la crise
de Cuba, aux juntes militaires et aux révolutions marxistes en Amérique du sud,
à la lutte des noirs américains pour les droits civiques… un état de crise
mondiale décrit par Viansson-Ponté dans son fameux article du 15 mars 68 « Quand
la France s’ennuie ».
Mais davantage que d’ennui, elles nous
parlent d’impatience. A travers son histoire personnelle, chacune
dira pourquoi et comment elle s’est retrouvée dans la lutte, quel rôle elle y a
joué, plutôt dans l’intendance, l’organisation, le ravitaillement (elles
faisaient aussi les « estafettes » dans la coordination des divers
lieux), parfois dans l’écriture des tracts, rarement dans les prises de parole,
« réservées aux mecs » … jamais dans les services d’ordre…
Face à ce bouleversement global, on entendra à travers leurs témoignages
pourquoi la question du féminisme n’a pas émergé. Elles apportent des réponses
différentes et complémentaires : la résistance du discours masculin dans
les milieux gauchistes comme ailleurs, le sentiment plus ou moins conscient que
leur lutte était en train de se faire parce que naturellement
liée à toutes les autres et, peut-être plus surprenant, une certaine
inconscience de leur condition, comme le dit Sophie Bouchet Petersen : « Au quotidien on se vivait comme des égales,
on était aveugles. La deuxième étape a été de se rendre compte qu’on ne l’était
pas et qu’il était temps de devenir féministes. "
Cette deuxième étape commence pour certaines des la rentrée
de septembre 68, et aboutira à la création du MLF deux ans plus tard.
les entretiens seront nourris d’éléments
d'archives qui situeront autant l'époque (le look, la musique, la presse, le
ton des voix) que les évènements. On recherchera des archives moins connues qui
nous livrent un quotidien, des visages, des émotions. On utilisera aussi
l’impact des ciné-tracts et de la
propagande de ces années-là. Comme décor à ce film fait de fragments de
mémoires, de vécus, d'archives, de tracts, de dessins, de photos, je voudrais
un Paris « virtuel », une imbrication d'images de la ville en 1968
reflétée dans celle d'aujourd'hui comme un espace factice fabriqué par notre
cerveau. On passera de la fac de Nanterre à la Sorbonne puis de l'Odéon de 2017
à celui occupé par les étudiants. Dans une télé d'une vitrine du Bd St Michel
on verra les CRS charger ce même endroit 50 ans avant. Casser l'espace et le
temps pour donner plus de force à la parole. Faire se télescoper un Paris d'y a
50 ans avec celui de nos jours. Comme un jeu vidéo avec l'interaction du passé
dans le présent.
J’envisage aussi un travail graphique de dessin
et d’animation sur certaines archives trop connues, banalisées, comme les
discours de, de Gaulle, de Daniel Cohn-Bendit, de Pompidou etc.
Les
affiches et les slogans de Mai 68 sont des traces essentielles des évènements
mais aussi de l’époque. Ils seront un troisième repère tout au long du film.
Beaucoup
sont passés à la postérité, appartiennent à notre mémoire collective et participent
à la légende. Comment leur sens a-t-il évolué, s’est-il transformé ?
S’est-il perdu ? Dans une dernière partie, nous souhaitons faire choisir
et commenter à chacune des intervenantes une image et un slogan qui
caractérisent pour elles mai 68. Et faire réagir des jeunes femmes
d’aujourd’hui à ces images et à ces slogans.
Ce film se veut une polyphonie de voix qui transmette
au spectateur ces sentiments d’enthousiasme, d’audace et de liberté encore si
présentes aujourd’hui dans la mémoire de ces filles de mai. Je veux par le
montage organiser un dialogue entre ces voix qui se répondent, se complètent et
révèlent par la singularité de leur parole les motifs d’une autre histoire.
En conclusion, un film sur la voix
des femmes de Mai 68 pourrait se refermer sur les voix de quelques
"grandes dames" de l’époque, Simone de Beauvoir, Delphine Seyrig,
Marguerite Duras, Françoise Giroud, Simone Veil …
Réunion du "22 mars" à Nanterre
LES INTERVENANTES:
Adrienne Larue, Anna
Zelensky, Anne Querrien, Chantal Lermyte, Christine Buci-Glucksmann, Danielle Jaeggi Danièle Linhart, Dominique Gouguenheim, Elisabeth Roudinesco, Florence Prudhomme, Geneviève
Fraisse, Isabelle
Saint-Saëns, Isabelle
Rathery, Laurence Carril, Jacqueline
Feldman, Macha Meril, Marielle Burkhalter, Michèle Collin, Michèle Katz, Mireille
Nathan Murat, Nicole Lapierre, Rose Meunier, Rosine Feferman, Sonia Fayman, Sophie Bouchet- Petersen,
Talila, Valérie Lagrange.
Anne Querrien était une brillante élève en sociologie à
Nanterre et aux Hautes Etudes, membre du 22 de Mars. Elle a travaillé avec Felix
Guattari et Guy Hocquenghem. Elle dira
l'importance du planning familial dans la prise de conscience des filles qui
ont intégré le mouvement du "22 de mars".
"Mai 68
s'intègre dans un mouvement international, mondial,
porté par la guerre puis la victoire des vietnamiens. Beaucoup de femmes faisaient
parties du mouvement, mais plutôt comme des « agents de liaison ». Elles
étaient souvent en charge de l’intendance, rôle discret mais essentiel.
« Les événements furent pour les femmes une initiation à la
libération, la prise de conscience d’un féminisme qui revendiquait, plus que
l’égalité avec les hommes, une vie et une pensée autonomes. »
Alors après la fac était fermé donc le 6 le 7 mai peut-être le dimanche
aussi je ne me rappelle plus enfin on s'est réunis chez Serge July qui habitait rue des blancs manteaux
dans le
31:51
Marais et donc on a continué les manifs, bon et le 8 c'est là qu'a eu
cette AG où il y avait donc Dany, Geismar et July
aussi a été très bon, donc pour continuer l'action…je me
souvient de July disant, peut-être complètement soul ” les étudiants se sont battus comme
des ouvriers les étudiants sont vraiment révolutionnaire il faut
continuer” et Geismar arrivant a 2 heures du matin "oui je suis un salaud
je voulais appelé à arrêter etc c'est monstrueux", c'est
tout ça et donc on a décidé de relancer l’action.
Danièle Jaeggi:
"On a oublié que les années avant 68 étaient des années très
fermées.
Que les femmes devaient rester bien sages dans leur coin. Enfin c'était une
société très, très lourde en plus y avait eu la guerre d’Algérie, avec tous les
non-dits. Autour de la guerre d’Algérie il y avait beaucoup de films interdits à l'époque. C’est le film de la manifestation
de Charonne où il y avait eu des morts. Tous ces films ne pouvaient pas être
projetés. C’était vraiment des interdits très très fort. Je venais de finir l'école de
cinéma de l’IDEC et je faisais de la sociologie à la Sorbonne. J’étais politisé
d'une certaine façon puisque mon père était très politisé, stalinien même, il
avait fait la guerre d'Espagne et la Résistance. "
Mireille Nathan Murat fille de résistants et de déportés, elle aussi
du 22 Mars, a accouché le 15 mars et a participé aux barricades entre deux
allaitements.
" Jje militais beaucoup à la Mutuelle de
l'UNEF et là il y avait beaucoup d'étudiantes qui ne voulaient pas garder leurs
bébés. Il fallait les aider à avorter à l'étranger où en France. A l'époque
j'étais salariée, je travaillais en deux lieux. Dans une association qui
s'occupait de l'accueil des travailleurs africains en France, voulu à l'époque
par les patrons, et je finissais ma licence de psycho. J'ai surtout milité en
créant des comités d'actions pas seulement à l'université mais aussi dans les
quartiers, pas seulement pour faire connaître les revendications étudiantes
mais aussi celles des gens du quartier, des salariés, des employés, pour casser
la hiérarchisation du milieu de travail.
Sophie Bouchet Petersen fille du président de la cour de cassation,
commence à militer dès 1966 avec les comités anti guerre du Vietnam. Membre
actif de la LCR, elle participe en février 68 à la
manif internationale de BERLIN pour le Vietnam et découvre l’internationalisme de
la révolte. Du bidonville qui jouxte Nanterre aux usines de Flins, elle fait
l’expérience comme tant d’autres étudiants bourgeois de ce qu’elle appelle une
" réalité incarnée ".
" Il n'y avait pas de débat sur le sexisme. Au quotidien on se
vivait comme des égales, on était aveugles. La deuxième étape a été de se
rendre compte qu’on ne l’était pas et qu’il était temps de devenir
féministes. "
Geneviève Fraisse, fille de professeurs catholiques à la Sorbonne,
était étudiante en philosophie en 1968. Elle a toujours lutté contre
l'exclusion des femmes du domaine politique. 68 a été la révélation d’une autre vie possible après le sentiment
d’ennui des années 60.
Sa conscience politique lui vient
des luttes anti coloniales et des guerres d’indépendance. (Algérie,
Vietnam). L’image de la répression
reste pour elle "Charonne" bien plus que les barricades.
68 est pour elle un
« dévoilement philosophique ». Aux côtés de Jacques Rancière, elle
travaille à penser l’égalité à travers l’horizontalité. Elle voit dans la
rencontre entre étudiants et ouvriers le principal enjeu de 68, la possibilité
d’un « croisement » des classes sociales. La liberté sexuelle n’est
d’abord qu’une remise en cause du mariage et de la "vie bourgeoise".
Ce n’est qu’en septembre 68 que commence sa critique de l’attitude des hommes
et de leur prise de pouvoir sur le mouvement. Tout son travail jusqu’à
aujourd’hui part de 68 et de cette question : pourquoi il n’y a pas de
mouvement féministe en 68 (alors qu’il y en a un en 1789, en 1848).
« J’ai eu la chance d’avoir 20 ans en 68 et je n’en suis pas
sortie »
Isabelle Saint
Saëns en 1968 (a gauche)
Isabelle Saint Saëns, fille de communistes, résistants, elle avait 18 ans et était aussi membre du 22 de Mars et étudiante à Science –éco. Elle a découvert à Nanterre qu'il n'y avait pas que la musique de Mahler dans la vie mais aussi les usines Citroën.
Isabelle Saint Saëns, fille de communistes, résistants, elle avait 18 ans et était aussi membre du 22 de Mars et étudiante à Science –éco. Elle a découvert à Nanterre qu'il n'y avait pas que la musique de Mahler dans la vie mais aussi les usines Citroën.
"Où j'en étais un an avant 68?
J'étais en prépa scientifique parce que quand j'ai eu
passé mon bac je savais pas très bien quoi faire. Je n'étais pas du tout en rupture avec mes parents et je me suis inscrite
à Nanterre en Sciences éco. C’était un tout petit campus on y allait en
train, c'était quand même trois quarts d'heure de Saint-Lazare. Ça s'appelait "la
Folie, complexe universitaire", c'était un petit campus où il y avait que trois
bâtiments. Le bâtiment de sciences éco n'existait pas et a été construit en 69,
je crois. Coincé entre le bidonville, ce qui fait que, ma fois,
on restait là. Je pense que c'est aussi une des raisons pour lesquelles
un petit campus avec pas trop de monde, avec en
plus les gens de droit-science Eco, qui ont la réputation d'être toujours plus
réactionnaires, plus à droite etc…mais dans les bâtiments de socio, de philo,
et c'est tout ça mélangé fait que…BOUM!. C’est peut-être un peu un peu profane, pas très politique comme explication, comme élément
d'explication pas comme d'explication, mais on n'avait pas, nos camarades
de la Sorbonne ils avaient les bistrots, ils avaient les cinémas, ils avaient…Nous on
n'avait rien… Si, il y avait la cantine de la fac c'est tout.. Voilà!"
Michèle Katz
Michèle Katz fille de Pierre Katz, un héros de la Résistance, quelle n'a pas
connu. Elle à participé activement aux Beaux Arts pour la fabrication des affiches et
slogans. Après les événements elle est déçue par le machisme des artistes
masculins de "la jeune peinture" et fonde un groupe féministe.
"Pendant mes 68
j’était plongé dans l'atelier populaire de l'école des Beaux-arts et j'ai fait des affiches on a fait petit à
petit une organisation fantastique, pars ce qu'il y avait un endroit où les ouvriers
pouvaient venir discuter pour dire ce qu'il voulait faire, donc ce n'était
pas les mêmes camarades qui se chargeait des différentes opérations. Moi,
j'ai jamais été là directement, j'ai toujours été là où on faisait les maquettes. Il y
avait aussi la partie où on fabriquait les sérigraphies puis toute la partie
matérielle, tout le monde se retrouve un moment des l'AG le soir. il ya quelques jours simplement que tout d'un coup ça
m'est venu comme une évidence que c'était la première figure des réseaux
sociaux. Il y avait la rapidité de l'époque, il y avait le contact
avec les deux extrémités de la demande et effectivement on
voyait nos affiches sur les murs donc si vous voulez c'était à peu près le lieu
idéal où être en 68 mon avis bien sûr."
Nicole Lapierre: aujourd'hui directrice au CNRS et écrivaine,
prix Medicis 2015. En 1968 elle militait à la JCR tout en étudiant la
sociologie à Nanterre avec Henri Lefebvre. Après les événements elle travaille
avec Edgar Morin avec qui elle dirige la revue "Communication".
"L’imaginaire
collectif se concentre sur les manifestations. Quand on regarde les photos, on
voit autant de femmes et de filles que d’hommes et de garçons. C’est une chose
qu’on dit peu : les femmes ont manifesté. Elles n’étaient pas que les
porte-drapeaux de ces messieurs. Par contre, le service d’ordre des
manifestations n’était composé que d’hommes. Du côté étudiant, un stand
politique nommé Féminin, Masculin, Avenir (FMA) s’est tenu à la Sorbonne dès le
13 mai. C’était un tout petit groupe mixte qui diffusait des tracts et a
organisé l’un des premiers débats sur les rapports entre les sexes à la
Sorbonne. On pouvait certes compter ses membres sur les doigts de la main, mais
ils représentaient une réelle présence. J’utiliserais donc une métaphore
géologique pour parler du féminisme en Mai 1968 : c’est une rivière
souterraine. Elle ne se voit pas mais change en profondeur la nature de la
terre. C’est l’époque où un certain nombre de femmes va oser le divorce. C’est aussi
l’époque où l’on commence à faire moins d’enfants. »
Talila aujourd'hui chanteuse vient d’un milieu pauvre.
L'université pour elle est une soupape de liberté, une occasion d'échapper à la
famille et à prendre son indépendance. Membre du 22 de Mars, elle suit toutes
les manifestations aussi bien à la Sorbonne qu'à l'Odéon. Pour elle ces journées
de Mai sont une occasion d'apprendre à vivre intensément, à réfléchir et à
s'assumer en devenant maitre auxiliaire.
"Mai 68 n'est pas né comme cela, c'est le
fruit de lectures de cours de sociologie qui nous avaient préparés mais la
libération sexuelle elle est venue avant mai, à Nanterre. Quand je suis arrivée
à la fac il fallait se libérer de tout, même de la virginité aussi qui était là-bas
un handicap. Cela donnait lieu à de drôles de choses, car c'était volontariste,
il fallait le faire, tout au moins pour passer à autre chose. Il n'y avait pas
forcement du sentiment là-dedans. A Nanterre, les filles avaient le droit
d'aller dans le bâtiment des garçons de la cité U, tandis que les garçons ne
pouvaient pas venir chez nous. Tout a commencé comme cela."
Florence Prudhomme
De
« très bonne famille », sa prise de conscience commence dans les
mouvements contre la guerre du Vietnam. Elle participe à Berlin aux
rassemblements de la jeunesse, et c'est là qu’elle prend conscience de leur
force. A Nanterre elle suit les cours de Jean François Lyotard et d'Henry
Lefèvre. Elle a été au cœur des batailles des barricades adorant affronter
physiquement les forces de l'ordre. Elle continue à militer encore aujourd'hui
au Rwanda, à Calais et dans des associations d'aides aux femmes.
Christine Buci Glucksmann
Pour elle
les grands fronts ouverts en mai 68 (grèves sauvages, prisons, avortements,
femmes, immigrés, logements) sont toujours d'actualité et ce sont les mêmes
combats qui restent à faire. L'idée gauchiste de changer le monde se fait
d'abord en changeant sa vie. Très proche d'Althusser et d'Henri Lefebvre elle
adopte sa vision de promouvoir la révolution sexuelle, la révolution urbaine et
un retour à la fête. Ce que demandaient les jeunes dans la rue à ce moment-là.
"Le soir du 3
mai je dis je j'étais avec mes étudiants
de Khâgnes et HEC
et on répétait
une pièce de Brecht, c'était de l'atmosphère de l'époque
après on va
occuper le lycée Lakhanal à ce qui fut un vrai scandale et des
étudiants sont
venus au lycée m'avertir que le vrai théâtre est ailleurs en
quelque sorte, et bon on est tous partis
ensemble les étudiants HEC, les étudiants de Khâgnes en haut du
boulevard Saint-Michel et on a commencé à
participer à retirer des bases et a
lancé des pavés à courir
enfin c'est et
l'ouverture de mai 68."
Elizabeth Roudinesco:
"J'étais étudiante en
lettres avant 68 et j'avais interrompue mes études pour aller enseigner en
Algérie et puis je suis revenu à la Sorbonne pour terminer ma licence de
lettres en
octobre, j'ai repris en octobre
67. Pour moi en tout cas, au départ, je n'ai pas du tout d'engagement politique direct,
aucun groupe. Je ne suis pas du
tout là dedans.
J'étais plutôt dans l'esthétique, cherchant ma voix pour
écrire, je cherchais à écrire. J'avais une très grande admiration pour Simone de Beauvoir, sans doute parce que le livre de
chevet de ma mère c'était "Les mémoires d'une jeune fille rangée".
« Ce qui a été ouvert après 68 dans la société
française avec la financiarisation de l'économie arrive aujourd'hui à une sorte
de fin de règne. C'est la fin d'un système et « la prochaine révolution ne
ressemblera pas à une explosion genre 68, car l'histoire ne se répète jamais de
la même façon. »
Isabelle Rathery, monteuse de film, elle a géré le stock de
rushes filmés par une dizaine de cinéastes membres des états généraux du
cinéma. Elle va présenter les films réalisés par le collectif en Italie,
exportant ainsi les idées de Mai 68. Après 68 elle travaille avec Yann Le
Masson, Chris Marker, Jacques Doillon…
"Avant mai, en 68 j'étais assistante
monteuse ce qui était une très bonne école pour apprendre le métier. Moi je
suis fille de gens de gauche, engagés mais pas vraiment militants, comme eux je
suis de gauche mais je n'ai jamais milité nulle part. Les féministes m'ont
beaucoup draguées car j'avais 20 ans et j'élevais mon enfant toute seule. Et
donc pour elles je vivais l'indépendance avec un enfant. A paris en 68 je
travaillais avec un metteur en scène Yann Le Masson et lui était engagé
politiquement et avec lui j'ai commencé à aller aux manifs où j'ai rencontré
Pascal Aubier. Les manifs c'étaient une très belle fête, il y avait un élan
formidable j'ai eu très peur rue Gay Lussac et j'étais pourchassée par les
flics, vraiment genre guerre civile. J'ai sonné à une porte cochère, car ils
étaient vraiment méchants. Une autre fois j'ai été arrêtée et j'ai pu m’en
sortir en disant que mon fils m'attendait à la maison., donc j'ai pas subi le
sort des autres qui ont été embarqués."
Dominique Gouguenheim:
Etudiante en sociologie à
Nanterre, fille d'un résistant juif allemand. Ces parents étaient « originaux, cultivés,
intelligents, anticonformistes, de gauche et compliqués ». Ils divorcent
alors qu’elle est encore petite fille. Dans sa banlieue de Courbevoie, « on
ne divorçait pas. A l’école laïque, tout le monde était catholique, allait au
caté ». L’école, comme la société, était un véritable carcan. Elle se
sentait différente.
Elle est
devenue rebelle. A Nanterre elle se souvient d’Henri Lefebvre, professeur très
souriant, intelligent, insolent, pas doctoral, qui parlait en marchant,
ignorant la chaire. Elle était avec les anars : Dany Cohn-Bendit, Nilo
Perarnau, Jean-Pierre Duteuil, était à l’époque son petit ami.
« L’occupation du bâtiment administratif, réservé à l’administration,
apparaissait comme un tabou à enfreindre. on s'attaquait au saint des saints.
on voulait en découdre avec ce qui
nous empêchait de changer nous-mêmes et de changer le monde. L'injustice
sautait aux yeux à Nanterre (bidonvilles, cités HLM...). Tout était verrouillé
dans la société française, de l’ORTF, à notre campus universitaire. On s’est
mobilisé, au départ, pour obtenir « la libre circulation » au sein de
la cité U. »
Plus tard, le 6 mai, elle a été matraquée par la
police. Elle a passé les événements le bras dans le plâtre, exemptée de manif.
« Le
slogan « jouir sans entraves », ce sont les mecs qui en ont profité,
brisant les chaînes à leur profit exclusif. Le féminisme est sans doute aussi
né de ce moment où nous avons, en définitive, été flouées, à part celles, plus
âgées que nous, qui ont pu se frayer leur chemin. »
Naïve, elle prenait tout au mot. Les étudiants
étaient des « futurs exploiteurs » ? Elle n’en sera pas !
Elle arrête ses études, va vivre quelques mois dans les Cévennes avec Alain
Frappart et Francis Zamponi, futur journaliste à Libération, qui était avec elle le soir du 22 mars. Séparée du
père de sa fille, elle a appris le métier de correctrice dans la presse puis l’édition.
C’est par un biais libertaire qu'elle a intégré cette « aristocratie
ouvrière ». Elle vit toujours un peu à la marge comme si elle attendait un
autre Mai 68.
Elle fonde en 1966 le mouvement "Féminin Masculin Avenir) qui sera à l'origine du MLF en 1971. Elle participe à la création de
"La ligue du droit de la femme" puis de "SOS Femmes Alternatives". Elle sera une des premières
animatrices des Cafés philos dès
1996. Pour elle le fameux MLF
n'est pas tombé du ciel en 1970, il c'est formé en amont des les années 60. En
1968 en plein évènement elle tenait un stand du FMA dans la cour de la
Sorbonne. Elle et ses amies avaient l'impression que la société était en train
de chavirer, qu'une nouvelle familiarité, un enthousiasme commun rendait la vie
plus légère.
MACHA MERIL, actrice, écrivaine.
C'est à travers le cinéma qu'elle prend
conscience qu'un mouvement insurrectionnel à envahit le pays.
Elle participe aux premières manifestations
contre l'éjection d'Henri Langlois de la cinémathèque puis avec Godard et
Truffaut en plein mois de Mai elle bloque le Festival de Cannes.
" Donc, pour moi j'ai deux de
souvenirs saillants, un souvenir, il a été filmé ça a été vu c'est quand on a
empêché le festival de Cannes alors là on était avec Godard avec Truffaut on
était tout un petit groupe qui est
raisonnable ce qui est on est monté sur scène et on a accroché tenu le
rideau c'était encore dans le vieux palais du festival et on a empêché que la projection se fasse alors c'était, indispensable parce que comme
nous avions été les premiers il faut se rappeler que les premières manifestations ont été pour aider Langlois pour soutenir Langlois
qui
devait être remplacé par Malraux et donc il n'a pas imaginé qui se
passerait ce raz-de-marée de révolte et tous les cinéastes étaient là et c'était
sérieux on était tous sur le marché et par la suite évidemment on s'est tous
retrouvés dans toutes les étapes les états généraux à l'odéon et puis dans les rues puis dans l'est
dans les facs. Le deuxième très grand souvenir que j'ai c'est un souvenir de manif
c'était un moment crucial c'est quand à flins à côté de l'usine Renault, sur le
pont qui conduisait à Flins, les intellectuels et les étudiants ont tendu la main
aux ouvriers et que pour la première fois depuis le début des événements. les syndicats la CGT des ouvriers sont venus nous rejoindre, moi j'étais avec Marguerite Duras, j'étais avec tout un groupe de
gens on, était allé très difficilement parce qu'ils avaient pas d'essence pas
de voiture etc on avec traçabilité pour aller jusqu'à jusqu'à Flins donc
on était une centaine et ça ressemblait aussi vous savez
assez à ces images des peintures de Delacroix.
Valerie Lagrange
"On était parti, quelqu'un
nous avait dit qu'il se passait vraiment un truc du côté du boulevard
Saint-Michel Kalfon
c'était le jour du 11 mai et on
était avec Jean-Pierre il y avait Godard et Anne Wiazemsky il y avait
peut-être Daniel Pomerolle, enfin toute la bande, voilà on est et on est remonté la
le boulevard Saint-Michel habillés avec des espèces de vêtements un petit peu
indien parce qu'on était déjà dans cette mouvance là, et évidemment tous les autres c'était des petits jeunes
qui étaient habillés en gris enfin qu'ils étaient des petits des étudiants
quoi, nous on était un peu c'était bizarre
pour n'était pas et quand on est
on là marché c'était ambiance un peu de kermesse il n'y avait plus de
voitures qui roulaient s'il y avait des CRS qui attendaient, ils avaient pas reçu l'ordre de rien et puis des
gens qui jouaient de la guitare enfin c'était plutôt bon enfant et très gai et puis quand on est arrivé à
un
moment où du boulevard Saint
Michel on nous a passé des pavés donc on s'est retrouvé en train de passer des
pavés
et au final peu de temps après il
y a eu une charge de camions de police CRS qui nous ont foncés dessus. Moi j'ai toujours eu très peur de la violence donc là on a commencé à
courir dans tous les sens est
allé se réfugier dans les portes cochères et là ça c’est a mis à péter de partout. On se savait pas parce qu'on
était dans des immeubles, dans les portes cochères, dans les entrées et puis on se demandait si c'était des
vraies balles, enfin, c'était la guerre quoi!"
Slogans de Mai 68
"l'imagination prend le Pouvoir",
"Sous les pavés la plage!", "Sois jeune et tais toi!",
"Délivrez les livres", "Il est interdit d'interdire de
dire", "Vivre sans temps mort", Jouir sans entrave",
"Soyez réaliste, demandez l'impossible" ,"Brisons les vieux
engrenages!", "On ne matraque pas l'imagination!" "Prenez
vos désirs pour des réalités", La béate est dans la rue!", " La
liberté est le crime qui contient tous les crimes"…" L'intelligence est du côté de la bourgeoisie. La
créativité est du côté des masses. Ne votez plus."," L'alcool
tue. Prenez du L.S.D", "L'art est mort, ne consommez pas son cadavre", Baisez-vous les uns les
autres sinon ils vous baiseront", "Chassez le
flic de votre tête.",
"Cours camarade, le vieux monde est derrière toi", " Déboutonnez
votre cerveau aussi souvent que votre braguette", "Désirer la
réalité, c'est bien ! Réaliser ses désirs, c'est mieux"
"Un flic dort en chacun de nous,
il faut le tuer", "Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres".
Archives films et vidéos:
Archives
de Jorge Amat sur le Mouvement de 22 de Mars filmées en 1998.
8 heures
d'archives de la Librairie du Congrès (Nara) sur les manifs, l'occupation de
l'Odéon et la Sorbonne.
Archives papiers
et vidéo de la préfecture de Police de Paris.
Documents
filmés par l'RTBF (Belge) et RTS (Suisse) dans leurs journaux d'actualités.
Rushes
films faites par l'opérateur Jean Michel Humeau à Paris et Flins.
Photos de
Gérard Aimé et Catherine Deudon
LA CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS
DE MAI 1968
07/02/1968 : Heurts violents à l'occasion d'une contre-manifestation organisée
par les Comités Vietnam à Paris.
20/03/1968 : Attaque du siège parisien de l'American Express.
22/03/1968 : Incidents à Nanterre. Occupation de la tour administrative. Création par
les anarchistes du Mouvement du 22 mars.
28/03/1968 : Suspension des cours à Nanterre jusqu'au 1er avril.
25/04/1968 : Le député communiste Pierre Juquin est expulsé du
campus de Nanterre par les gauchistes prochinois.
28/04/1968 : Un commando prochinois dévaste une exposition de soutien au Sud-Vietnam.
01/05/1968 : Défilé CGT, PC, PSU (République - Bastille). Naissance du journal
" La cause du peuple".
02/05/1968 : Début du voyage de Georges Pompidou en Iran et en Afghanistan. Incidents
à Nanterre où les cours sont suspendus.
03/05/1968 : Meeting dans la cour de la Sorbonne. Editorial de Georges
Marchais dans l'Humanité qui y fustige "l'anarchiste allemand
Cohn-Bendit" et raille les "révolutionnaires". Evacuation par la
police requise par le Recteur Roche. Manifestation au Quartier latin,
incidents, près de six cents interpellations.
04/05/1968 : Condamnation de personnes appréhendées la veille. Appel à la grève
illimitée de L'UNEF et du SNEsup. Suspension des cours à la Sorbonne.
05/05/1968 : Condamnation de quatre manifestants du 3 mai à la prison ferme.
06/05/1968 : Comparution de Daniel Cohn-Bendit et d'étudiants nanterrois devant la
commission disciplinaire. Manifestations, puis premières barricades et violents
affrontements avec la police au quartier latin, plus de quatre cents
arrestations.
07/05/1968 : Manifestation de Denfert-Rochereau à l'Etoile.
08/05/1968 : Discours d'Alain Peyrefitte à l'Assemblée Nationale.
09/05/1968 : Les leaders étudiants annoncent leur intention d'occuper la Sorbonne dès
le départ des forces de l'ordre. En réponse, Alain Peyrefitte déclare que la
Sorbonne restera fermée jusqu'au retour au calme.
10/05/1968 : Nuit d'émeutes au Quartier latin où soixante barricades se dressent.
Intervention de la police à partir de deux heures du matin.
11/05/1968 : La CGT, la CFDT et la FEN appellent à la grève générale pour le 13 mai.
Retour de Georges Pompidou d'Afghanistan qui annonce la réouverture de la
Sorbonne pour le 13 mai.
13/05/1968 : La Cour d'appel met en liberté provisoire les condamnés du 5 mai. La
Sorbonne est rouverte et aussitôt occupée. Manifestation syndicale de la gare
de l'Est à Denfert-Rochereau. Les étudiants continuent jusqu'au Champs-de-Mars.
Grève générale et manifestations ouvriers-enseignants-étudiants.
14/05/1968 : Départ du Général de Gaulle pour la Roumanie. Dépôt d'une motion de
censure à l'Assemblée Nationale par le PCF et la FGDS.
15/05/1968 : Occupation de l'Odéon et de l'usine Renault à Cléon.
16/05/1968 : Le mouvement de grève s'étend dans les entreprises.
17/05/1968 : Rencontre Mitterrand - Waldeck Rochet. Grève à l'ORTF.
18/05/1968 : Retour du Général de Gaulle. Grève générale, la paralysie économique
gagne l'ensemble du pays.
20/05/1968 : La grève se généralise.
22/05/1968 : La motion de censure déposée par la gauche est rejetée, elle ne
recueille que 233 voix. Daniel Cohn-Bendit est interdit de séjour. Création du
Comité national de défense de la République (CDR). Les syndicats se déclarent
prêts à négocier avec le gouvernement. Attaque du local national conjoint des
CDR et du Service d'action civique rue de Solferino par des manifestants.
24/05/1968 : Nouvelle nuit des barricades. Le Général de Gaulle annonce un
référendum sur la participation (entreprises, universités) pour le mois de
juin. La Bourse est incendiée. Un commissaire de police est tué à Lyon par un
camion lancé par les manifestants.
25/05/1968 : Début des négociations rue de Grenelle.
26/05/1968 : Le Général de Gaulle donne son accord à Jacques Foccart pour
l'organisation d'une grande manifestation pour le vendredi 31 mai (elle aura
finalement lieu le 30).
27/05/1968 : Accord sur le protocole de Grenelle entre les syndicats, le patronat et
le gouvernement (augmentation du SMIG et des salaires, réduction des horaires,
abaissement de l'âge de la retraite). Meeting de Charléty organisé par l'UNEF,
le PSU
28/05/1968 : Conférence de presse de François Mitterrand qui annonce sa candidature à
la présidence de la République en cas de vacance du pouvoir.
29/05/1968 : Le conseil des ministres est ajourné. Le Général de Gaulle se retire et
quitte l'Elysée à 11h15 et n'arrive à Colombey-les-deux-Eglises, via
Baden-Baden où il a rencontré le Général Massu, qu'à 18h30. Pierre Mendès
France se déclare prêt à former un "gouvernement de gestion".
30/05/1968 : A 16h30 le Général de Gaulle annonce la dissolution de l'Assemblée
Nationale. Une manifestation de soutien au chef de l'Etat réunit un million de
personnes sur les Champs-Elysées.
31/05/1968 : Remaniement ministériel. Manifestations de soutien au Général de
Gaulle en province.
05/06/1968 : Début de reprise du travail dans la fonction publique.
06/06/1968 : Evacuation violente de Flins par les CRS ; affrontements.
10/06/1968 : Mort du Lycéen Gilles Tautin.
11/06/1968
: Evacuation de Peugeot-Sochaux ;
affrontements : 2 morts. Réoccupation de Flins par les grévistes.
18/06/1968 : Reprise du travail chez Renault, Peugeot, Citroën.
23/06/1968 : Premier tour des élections législatives
30/06/1968 : Second tour des élections législatives
FILMOGRAPHIE DU REALISATEUR :
Licences de Cinéma
et d’Arts Plastiques à Paris VIII.
Élève de Jean
Douchet, Jacques Rivette, Roger Dadoun, Jean Painlevé et Gilles Deleuze.
2018: La mémoire de ma mère: 90 mn sur la vie d'une anti-franquiste.
2017: Les Résistants du train fantôme: 84mn: pour le cinéma
2014 : L’instinct de Résistance - 86 mn - doc avec Armand Gatti - Pierre Daix
- Stéphane Hessel – Serge Silberman- distribué en salles de cinéma.
2013 : Scénario de
long métrage : Trois femmes à Paris.
2008 : Sonate pour un fugitif - 80 min. (avec
Ainara Iriba et Jordi Florès). Cinéma Accatone.
2007 : A la recherche de Kafka – 75 min. (avec
Tom Novembre, Albert Delpy, Juliette Andréa).Cinéma Accatone
2005 : Dado tagueur – 70 min. – documentaire
(pendant 4 ans, l’artiste Dado a peint des fantômes de lépreux dans une
chapelle près de Gisors).
2003 : Voyage en Oxyplatine - 65 min. (journal
de bord de 2 ans de maladie). Sélectionné au Festival de Saint-Sébastien.
1997 : Les Paradoxes de Buñuel - 80 min. (avec
Michel Piccoli, Jean-Claude Carrière). Sélectionné aux festivals de Venise,
Tokyo et Saint-Sébastien. Canal plus.
1984 : Clin d'œil – 90 min. (avec Julien
Negulesco, Dominique Varda). Prix spécial du jury au festival de Saint-Sébastien.
Distribution salles cinéma.
1974- "La mort
de l'utopie" fiction avec Arrabal, manuelle Riva, José Luis Aguirre,
Charlotte Trench. Festival Avignon, sortie en salles.
Télévision :
2016: "Les Résistants du train fantôme"
avec Guy Scarpetta, 52 mn FR3
2015 : Kantorowicz chez Kafka : doc sur
le peintre Kantorowicz
2014 : Une série de
clips sur l’art.
2013: Léo Bassi l'anti Pape de Lavapies – 52
mn doc sur un clown philosophe. Arte
2013: Génération Ferré- 52 mn doc sur Léo
Ferré -Arte
2012: "L’instinct de Résistance"- 90 mn
avec Stéphane Hessel, Pierre Daix, Armand Gatti, Serge Silberman.
2010 : La France des camps, 1938/1946 – 84 min. France 2 (les 200 camps de
concentrations et 600 000 internés)
2009 : Halte à la mafia - 62 min. Arte (la
révolte de la société civile en Sicile contre la Cosa Nostra)
2008 : Maréchal nous voilà ? - 62 min. France
2 (la propagande sous Vichy)
2007 : La traque de l’affiche rouge - 72 min.
France 2, docu-fiction (comment la police a fait tomber le groupe Manouchian)
2004 : Témoins de la libération de Paris - 52
min. TV5 / Planète
2004 : 20 ans en août 1944 - 90 min. France2
(la Libération de Paris vécue par Madeleine Riffaud)
2003 : La voix de Jean Moulin - 90 min. France 2 (la résistance et la
mort de Jean Moulin)
2001 : Ciao Bella Ciao – 60 et 80 min. Planète
/ La vidéothèque de Paris (l'exil des gauchistes italiens en France) - distribué au cinéma Accatone.
2001: Le Val d'Aran- 60 mn sur les
guérilleros espagnols en France.
2000 : Le trésor de Yamashita - 52 min. France
3 (le butin de guerre japonais aux
Philippines)
1999 : « L'espoir pour mémoire » - 3 X 55 min. France 3 /Planète (
chronique des Brigades Internationales en Espagne: 1936-39)
1998 : L'oeil du Consul - 52 min. France 3 (la
guerre des Boxers et la Chine en 1900)
1990 / 1999 :
Treize films de I3 à 52 min. sur l'Opéra de Paris, le musée du Louvre,
Beaubourg, Orsay et sur des grands peintres (Picasso, Picabia, Max Ernst, Dado,
Clavé, Amado...) pour FR3, Arte, Canal Plus.
1984 : Décors et
mirages : doc sur les gd décorateurs de l'opéra de Paris: FR 3
1981 : Les costumes
de l'opéra de Paris: FR3





























Le film "Filles de Mai" de Jorge Amat va être distribué au cinéma le Saint André des Arts le 1 Mai 2019
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